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Jésus, Mythe ou réalité historique ? (1/4)

Sciences Voici la première partie d'un texte de Gaspard Angeleri, à propos de l'existence historique du Christ. Cette étude a été prononcée sous forme de conférence privée (en loges maçonniques) et publique (dans le cadre de la Libre Pensée) en différentes villes de France métropolitaine et d’Outre-Mer. Elle constitue une synthèse des écrits, sur ce sujet, des auteurs cités dans la bibliographie, plus particulièrement ceux de Prosper Alfaric, Guy Fau et Las Vergnas.


I - Introduction

En matière d’Histoire, on retient :
- Des Vérités, avec un grand V, que personne ne conteste, que personne ne contesterait sous peine de ridicule. C’est ainsi, par exemple, qu’il ne viendrait à l’idée de personne de mettre en doute l’existence de Charlemagne, la réalité de la guerre de cent ans ou la révocation de l’Edit de Nantes. On pourrait multiplier les exemples à l’infini.

A l’opposé des vérités, on trouve :
- Les mensonges historiques. Ils ne deviennent mensonges, bien sûr, que lorsqu’ils sont démasqués. Un seul exemple : nous avons tous cru, pendant près d’un demi-siècle, que les 4.500 officiers polonais fusillés à Katyn l’avaient été par les nazis. C’était la vérité officielle. C’était même un dogme car si vous l’aviez contesté, vous eussiez provoqué indignation et même répression. Or, on sait aujourd’hui avec certitude que c’était un mensonge.

Il existe aussi :
- Les incertitudes historiques. Elles sont légion. La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Si oui, où ? Moïse a-t-il existé ?
- Les énigmes historiques. Qui était le Masque de Fer ? On ne le sait toujours pas.

Enfin, il y a :
- Les mythes et légendes. On a cru longtemps et en toute bonne foi que Guillaume Tell avait réellement existé et réalisé l’exploit de la pomme. Il ne s’agit plus, en fait, que d’une légende d’origine scandinave. Pendant seize siècle, les disciples de Mithra ont cru que leur dieu avait réellement vécu sur terre. Plus personne n’y croit aujourd’hui; Mithra est un mythe.

Comment détermine-t-on qu’un événement, un fait, un personnage, est une réalité historique ? On exige des sources écrites (tout particulièrement lorsqu’il s’agit de faits anciens) qui soient à la fois sérieuses et multiples; on procède alors par comparaisons, par recoupements et on déclare vrai ce qui correspond à un faisceau d’indices, de données et, si possible, de preuves.

Ainsi, par exemple,

- le massacre des innocents que nous signale l’évangile dit de Matthieu ne se retrouve dans aucun autre texte, dans aucun autre document. Un événement de cette importance n’aurait pu échapper aux nombreux écrivains et historiens juifs ou païens contemporains de l’affaire. Or, aucun ne le cite. On peut douter sérieusement de la réalité de ce massacre. On peut même le nier.

- Par contre, le recensement de César Auguste qui est cité dans l’évangile dit de Luc est mentionné dans d’autres sources, juives et latines. On l’accepte comme un fait authentique.


II - La question

La question que nous posons aujourd’hui est celle-ci : Jésus est-il un mythe ou une réalité historique ? A-t-il réellement vécu ? Je précise que cette question ne concerne que l’existence d’un Jésus homme, excluant toute interrogation relative à son éventuelle divinité. Nous connaissons le personnage par les évangiles et, disons-le tout de suite en attendant de le montrer, rien que par les évangiles.

Quel portrait nous en fait le livre sacré des chrétiens ? Il est né à Palestine, à Bethléem, d’une vierge fécondée par le Saint-Esprit qui « la couvrit de son ombre ». Jusqu’au début de son ministère, on ne sait pas grand chose de lui, si ce n’est qu’il vit à Nazareth, dans le nord du pays, où il exerce le métier de charpentier avec son père adoptif et qu’à l’âge de douze ans il fait une fugue pour aller discuter théologie avec les docteurs de la loi dans le temple de Jérusalem.

Son ministère commence à trente ans. Il réunit autour de lui douze disciples avec lesquels il parcourt les routes de Palestine. Il prêche, le plus souvent sous forme de paraboles, quelquefois d’invectives, n’hésitant pas à vouer au feu éternel ceux qui ne croient pas en lui. Il fait des miracles, multipliant pains et poissons, transformant l’eau en vin, marchant sur les eaux. Il guérit des malades et ressuscite des morts à trois reprises. Après trois années de ministère, il est condamné à mort par un tribunal religieux qui le livre à l’occupant romain, lequel l’exécute par crucifiement.

- Trois jours après sa mort il ressuscite, passe encore quarante jours sur terre avant de disparaître en s’élevant dans les airs, non sans avoir promis à ses disciples son retour imminent, imminence toujours d’actualité pour les chrétiens dits millénaristes.

Mais poser la question de l'existence d'un tel personnage, cela a-t-il un sens?

Le fait n’est-il pas évident ?

Dix-neuf siècles d’histoire chrétienne sont là pour l’attester ! Pour un chrétien, le simple fait de poser la question est un blasphème, une insulte à sa foi et à l’histoire. A sa foi, surtout. Voici ce que m’écrit une jeune chrétienne : « Les preuves historiques de son existence (qui sont essentielles pour un chrétien digne de ce nom) sont bien plus importantes que celles de n’importe quel fait de l’histoire ancienne. Aucun historien du monde libre ne risquerait sa réputation à affirmer que Jésus-Christ n’a jamais existé ».

Pour le non chrétien, même en extrayant tout ce qu’il y a de miraculeux dans la vie de Jésus, sa naissance, ses miracles, sa résurrection, même en constatant après ça qu’il ne reste pas grand chose, mettre en doute son existence lui paraît, a priori, tout à fait farfelu. Et pourtant le doute, ou plutôt la négation, est apparue très tôt.

III - Qui sont ceux qui ont nié ou douté ?

Les premiers qui ont contesté l’existence physique de Jésus nous sont présentés par la bible elle-même :

- I Jean IV 2/3 : « Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu »

- II Jean 7 : « Car plusieurs séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ est venu en chair ».

Des sectes, chrétiennes ou gravitant autour du christianisme débutant, se multiplièrent pour lesquelles le Christ n’était qu’un être divin, céleste, sans consistance charnelle vraie.

Citons-en quelques-unes :

- Les Gnostiques

Basilide, Valentin, Carpocrate, les trois grands noms de la Gnose du IIème siècle, rejettent toute existence d’un Christ humain. Le Christ gnostique est un être purement céleste.

Marcion est un gnostique chrétien se réclamant de Paul. Son Christ était descendu du Ciel ‘’tout fait’’ en l’an 29 de notre ère. Marcion possédait un évangile, que nous appelons ‘’Evangelion’’, perdu mais reconstitué en 1929 par le savant allemand Harnack. Il commençait ainsi : « En l’an 15 de Tibère, Jésus descendit du Ciel à Capharnaüm ».

Le Christ des Marcionites n’avait ni père ni mère et ne possédait qu’une apparence humaine. Marcion fut excommunié comme hérétique par l’Eglise de Rome en 144. Sa doctrine persista jusqu’au Xème siècle. (Elle vient de renaître en France sous l’égide d’un certain Mgr Daniel Lacoste; son siège est à Salon de Provence).

Citons encore :

Les docètes, secte chrétienne du IIème siècle. Pour eux, la chair est impure. Le Christ n’a donc pu revêtir une nature corporelle et humaine. Son corps, comme sa passion et sa mort n’étaient que des apparences.

- Les Monophysites, hérétiques du Vème au VIIème siècle, n’admettaient dans le Christ que sa nature divine.

Même doctrine chez :

- Les Monarchiens, IIIème siècle, pour qui le Christ ne s’est pas incarné.

- Les Mandéens, ou « Chrétiens de St Jean » ne voient dans le Christ qu’une des sept divinités planétaires. (Les Mandéens n’ont jamais cessé d’exister depuis lors. Il en reste une dizaine de milliers aujourd’hui, répartis en Irak, au Liban et en Egypte).

Cette liste des doctrines qui n’ont cessé de nier l’homme-Jésus, ne retenant que le dieu-Jésus, n’est pas exhaustive.

Nous nous trouvons donc en assez grande compagnie, si ce n’est en bonne compagnie. Et, en passant en revue les diverses branches du christianisme ou du parachristianisme qui contestent le fait que Jésus ait vécu en chair et en os, la question que nous posons nous paraît déjà beaucoup moins bizarre.

Mais d’autres voix se mêlent au concert. Parmi elles, celles de deux papes :

LEON X, qui gouverna l’Eglise au début du XVIème siècle, confia à son secrétaire, le cardinal Bembo, qui nous le rapporte dans ses écrits : « On sait depuis des siècles combien cette fable du Christ a été profitable à nous et aux nôtres ».

PAUL III, qui prend le trône pontifical peu après Léon X, déclare à l’ambassadeur d’Espagne auprès du Saint Siège, Mendoza, « que le Christ n’était autre que le soleil adoré par la secte mithraïque, et que Jupiter Ammon, représenté dans le paganisme sous la forme du bélier ou de l’agneau ». Toujours selon Mendoza, Paul III expliquait les allégories de son incarnation et de sa résurrection par le parallèle du Christ et de Mithra. Il disait que l’adoration des mages n’était autre que la cérémonie dans laquelle les prêtres de Zoroastre offraient à leur dieu l’or, l’encens et la myrrhe, les trois présents affectés à l’astre de la lumière. Il osait dire, ce pape, que l’on ne disposait d’aucun document d’une authenticité irrévocable qui prouvât l’existence du Christ comme homme et que, pour lui, sa conviction était qu’il n’avait jamais existé, Mithra et Jésus étant un seul et même dieu.

La thèse d’un Jésus mythique est reprise en France au XVIIIème siècle par DUPUIS. Au XIXème siècle, les Allemands et les Anglais étudieront la question selon les premiers moyens de la critique littéraire moderne avec BAUER, de DREWS, l’école de TÜBINGEN, l’école de STRAUSS qui tous mettront en relief les difficultés à affirmer l’existence historique de Jésus.

Chez nous, Renan, suivi par Loisy, Turmel, Guignebert, ne furent pas des tenants de la thèse mythique, mais leurs travaux préparèrent le terrain à COUCHOUD, puis ALFARIC, MOUTIER-ROUSSET, STEPHANE, LAS VERGNAS, ORY, FAU et quelques autres. La thèse mythique est défendue en Russie, entre autre par LENZMAN et dans les pays appelés anglo-saxons avec, en particulier, G.A. WELLS dont le « Did Jesus exist ? » est paru assez récemment.

...

(Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur)

Suite du texte avec "Les raisons de douter": analogies avec d'autres mythes plus anciens et analyse des témoignages de l'époque)

Auteur Adriatika  Lectures 5348  Commentaires 4  Date de publication: 9/05/2006


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Le  9-05-2006 à 08:32 #

Adriatika prend la plume.... et ça déchire.
J'attend la suite avec impatience pour savoir si toutes les pistes seront suivis avec équité.

Bravo (au redacteur et à Angeleri)pour ce premier chapitre.

Le  9-05-2006 à 23:04 #

salut adri
bis aussi a JCL
bon tu sai ce que j'en pense alors capeau d'avoir osé tel humiliations parfois cher docteur ;)
MM
je relis tu permets a+

Le 11-05-2006 à 21:13 #

Merci à vous, mais mon rôle ici se borne à copier/coller l'étude de Monsieur Gaspar Angeleri. En cliquant sur son nom en début d'article, chacun pourra découvrir son blog, sur lequel il intervient régulièrement.

Le 15-10-2007 à 01:10 #

A ce sujet, je crois (encore qu’on puisse discuter ce point) que de vraies preuves (c’est-à-dire des preuves autres que la foi) ne permettent pas de dire si Jésus a effectivement existé ou non.

J’entends par preuve les arguments archéologiques, épigraphiques et littéraires (qui sont ici de vrais arguments, et non des faux ou des ajouts destinés à justifier après coup l’existence du Jésus historique) autres que les Evangiles eux-mêmes.

Et à supposer qu’on ait retrouvé des documents attestant son existence, encore s’agit-il de savoir si le Jésus à visage humain et le Jésus ressuscité sont un seul et même personnage perçu à deux moments différents.

Ceci dit, quels que soient les arguments présentés par ceux qui prétendent que Jésus a effectivement existé et par ceux qui prétendent le contraire, la question est de savoir de quel Jésus l’on parle et quels sont les preuves de son existence.

Supposons un instant qu’on tienne les Evangiles pour des documents historiques : on peut alors en conclure que Jésus a effectivement existé. Dans le cas contraire, il s’agit d’examiner les autres documents, et notamment ceux des historiens de l’antiquité qui prétendent que Jésus (appelé Christos, ou Christus) a réellement existé.

Mais là est le fond de toute l’affaire : de quel Jésus parle-t-on dans les Evangiles, et, au-delà, de quel Jésus parlent ceux qui, parmi les premiers Chrétiens, adoraient un personnage du nom de Christos ou de Christus ?

Si ce Jésus-là est un être paulinien, c’est-à-dire une créature immédiatement divine, il est évident que le Jésus historique se distingue de lui.

A partir de là, la question est de savoir si le personnage en chair et en os a effectivement existé ou non.

Supposons un instant qu’il ait existé et qu’il ait accompli, de son vivant, les miracles que lui prêtent les Evangiles. En ce cas, le Jésus historique se confond, une fois crucifié puis ressuscité, avec le Jésus divin auquel Paul fait allusion dans ses épîtres.

Maintenant, supposons que le Jésus historique n’ait été qu’un simple mortel et que celui-ci ait été divinisé après sa mort par ses sectateurs et/ou leurs héritiers. Ce Jésus-là n’a alors rien à voir, au départ, avec l’être divin que Dieu aurait envoyé sur terre pour sauver les hommes de leurs péchés. Etant devenu divin par la grâce même des Chrétiens qui se réclament de lui (selon un processus appelé évhémérisme), il est supposé, dans leur esprit, avoir accompli les miracles que lui prêtent les Evangiles, et notamment celui qui consiste, après avoir guéri des malades et donné sa vie sur la Croix afin de sauver les hommes, à ressusciter afin de montrer à ces mêmes hommes qu’il est bel et bien le Fils du Père, c’est-à-dire un personnage divin.

En effet, si vous interrogez le milliard et demi de chrétiens qui se réclament aujourd’hui du Christ, chacun vous répondra que Jésus est un homme (ou un homme dieu) qui a donné sa vie sur la Croix pour sauver les hommes, et que, parce qu’il était divin, il a ressuscité. Et si les personnes interrogées sont au contraire athées, elles vous répondront que Jésus ne fut qu’un simple mortel qui, comme tel, fut incapable de produire des miracles, dont celui de ressusciter.

Qui a raison et qui a tort dans ce dossier ?

Dans la mesure où la foi interfère ici avec la raison, on peut en déduire que les chrétiens, précisément parce qu’ils sont cela, n'ont pas besoin qu’on leur démontre par a+b l’existence de Jésus, et ce pour la simple et bonne raison que la Bible est la Parole Divine et que, par ce motif, elle n’a pas besoin de se démontrer.

En revanche, si l’on s’appuie sur la seule raison, ou la seule logique, ou le seul logos, on est en droit d’attendre des historiens ou des archéologues qu’ils nous démontrent, documents à l’appui, que Jésus a bel et bien existé en tant qu’homme. Sinon, si ces témoignagnes font défaut, on peut en déduire que les Evangiles, au lieu de décrire les aventures de l’homme Jésus, décrivent celles d’un homme dieu appelé Chistos (ou Christ), lui-même étant un héros ou un dieu plutôt qu’un homme (même si cet homme-là, à supposer qu’il ait effectivement existé, est considéré comme une créature immédiatement divine par les docteurs actuels de l’Eglise chrétienne).

En d’autres termes, si l’on présuppose qu’un être humain appelé Jésus a effectivement vécu en Palestine sous tel ou tel empereur romain (Tibère, Auguste, etc), rien n’empêche de considérer que le personnage des Evangiles se distingue de lui en cela qu’il a ressuscité des morts, chose qu’un simple mortel est incapable de faire.

Mais là est la question fondamentale : dans la mesure ou le Jésus paulinien, ou, ce qui revient au même, le sauveur (ou futur sauveur) se rencontre également dans les autres textes sacrés de l’antiquité (que celui-là s’appelle Zeus Soter, Dumuzi, Tammouz, Osiris ou Horus, Dionysos, Adonay, Attis, Quetzalcoatl, ou tout ce qu’on voudra), il appartient à un récit qui, au lieu d’être unique, se rencontrait dans d’autres religions et/ou mythologies à l’époque de l’antiquité (elle-même étant très très tardive lorsque ce même Sauveur s’appelle Quetzalcoatl).

Ceci étant, on peut aller plus loin et considérer que les personnages tels qu’ils apparaissent dans la Bible et les autres textes sacrés (ou profanes) de l’Antiquité (songeons au Rig Veda, au Mahâbârata, au Râmâyana, à l’Avesta, ou encore à l’Iliade et l’Odyssée d’Homère), tous ces personnages ont été au départ des dieux héros de la végétation, lesquels deviendront des planètes ou des contellations lorsque la religion elle-même deviendra sabéenne.

Ceci dit, quand on parle de religion, et, au-delà, de l’existence ou non du Jésus historique, le problème ne situe pas tant dans le mot religion que dans le mot histoire.

En effet, nous, gens du monde moderne, pensons différemment l’Histoire que nos ancêtres (qui sont, dans le cas qui nous occupe, les premiers chrétiens, et, si l’on remonte plus haut dans l’Histoire, des peuples païens qui croyaient en d’autres dieux que l’Eternel et son envoyé sur terre qu’est Jésus-Christ).

Pour eux, en effet, le Messie (qu’il s’appelle Hoshua, ou Yeoshuha, ou Jésus, ou le Oint, ou Quetzalcoatl - on est ici dans la mythologie aztèque) était censé revenir auprès des hommes (que ce soit pour les réconforter ou au contraire pour les châtier) après les avoir quittés pour un pays inconnu. Eux-memes attendaient son retour car il avait promis qu’il reviendrait pami eux.

Et c’est là qu’intervient l’idéologie. En effet, comme le savent tous les spécialistes du monde antique s’occupant de religion, ce retour de l’être providentiel se réfère au départ à une religion naturaliste qui voyait dans le dieu de la végétation la créature providentielle capable de faire revenir la vie et la végétation sur terre après les longs mois d’hiver.

Et parce que la religion va devenir sabéenne avec le temps, ce personnage providentiel va progressivement être identifié au soleil ou à tel autre élément de la nature (songeons au dieu de l’orage capable de faire tomber la pluie après une longue période de sécheresse), et, au-delà, à telle planète ou constellation.

Supposons, à partir de là, que le Jésus historique ait effectivement existé. Celui qu’on lit dans les Evangiles est alors sa doublure supramondaine (une doublure qui ressemblait à un dieu de la végétation quand la religion des hommes était naturaliste, et qui ressemble désormais à telle figure astrale, ce qui présuppose que la religion des hommes est devenue sabéenne après avoir été naturaliste).

Et c’est précisément sur ce terrain-là que doit porter le débat quand on parle de Jésus.

Et à supposer même qu’on ait retrouvé, à propos de celui qu’on peut identifier au Verbe ou au Logos des Grecs, des documents (archéologiques et autres) prouvant l’existence du Jésus historique, il n’est pas dit, au vu de l’idéologie qui avait cours à cette époque, que ce personnage ait réellement existé (du moins pas sous la forme telle qu’elle apparaît dans les Evangiles).

En effet, imaginons un instant qu’on ait retrouvé le tombeau du Christ à Jérusalem. Le fait qu’on l’ait retrouvé ne prouve pas que le corps du Christ soit à l’intérieur. Il l’est d’autant moins que Jésus est censé avoir ressuscité et s’en être allé au ciel le jour même de l’Ascension.

Mais la question n’est pas là. A supposer, en effet qu’on ait effectivement retrouvé le corps du Christ, encore doit-on prouver, même après l’avoir retrouvé, que le personnage appelé Jésus-Christ a bel et bien accompli, de son vivant, les miracles dont parlent les Evangiles.

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas confondre l’homme Jésus, simple mortel qui sera divinisé après sa mort, sous le nom de Christos, ou de Christus, par ses sectateurs, avec le héros (ou dieu héros) auquel le premier s’identifiait sous l’antiquité (un héros qui était lui-même un dieu dans les religions naturaliste et sabéenne).

Maintenant, imaginons que le Jésus des Evangiles était immédiatement divin. En ce cas, au lieu d’être un homme au sens strict, il est, sous la forme d’une constellation, une créature céleste qui ressemble effectivement à un homme. Mais là est la différence entre l’homme et le dieu homme : tandis que le premier habite sur la planète Terre, le second habite au départ tout en haut du planisphère céleste, endroit qu’il quitte pour se rapprocher effectivement de la Terre lorsqu’il se manifeste à l’extrémité sud de l’hémisphère sud (un hémisphère sud qui renvoie ici au planisphère céleste).

Bref, dans la mesure ou ce Jésus-là appartient à la religion sabéenne, il est lui-même une constellation. Quant à la religion elle-même, elle renvoie à un culte des astres qui, après avoir eu son heure de gloire sous l’antiquité (une antiquité très tardive s’agissant de Sabiens dont le nom apparaît pour la première fois dans le Coran), elle tomba dans les oubliettes de l’histoire lorsque le monothéisme devint la religion des hommes.

Ceci dit, il ne faut pas, en ces matières, confondre deux choses qui ne se confondent pas. Il ne faut pas confondre une religion qui, après avoir été sabéenne, est devenue monothéiste, avec une religion qui, bien qu’elle soit restée sabéenne, met en scène des personnages dont certains adorent un dieu unique qui n’est rien d’autre, sous le nom d’Elohim ou de Yahvé Sabath, que le dieu du Temps et du Zodiaque (et aussi, par voie de conséquence, le chef de l’armée des astres), tandis que d’autres ,parmi ces personnages, adorent des idoles au lieu d’adorer le dieu unique (songeons par exemple à Terah, le père d’Abraham, ou à ceux des Hébreux/Ibris qui adorent le Veau d’or au pied de la montagne du Sinaï pendant que Moïse est monté sur la Montagne chercher les Tables de la Loi).

C’est ainsi que, cartes célestes à l’appui (on est là dans l’astronomie), on peut démontrer qu’Abraham et Moïse incarnent tous les deux le Centaure, lui qui vénère un dieu unique (qui est l’occurrence le maître du Temps et du Zodiaque) comparé à une troupe divine qui, par le biais de certains de ses membres (qui sont ici des constellations), adorent des idoles qui ne sont rien d’autre, dans la religion sabéenne, que les étoiles associées à la constellation du Dragon.

Voilà ce que j’essaie d’expliquer, pour ma part, dans les deux premiers tomes du Roman Sabéen.

Si mon propos vous intéresse, vous pouvez consulter le site internet http://www.astromythologie.com.

Claude Gétaz
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