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Jésus, Mythe ou réalité historique ? (4/4)

Sciences Voici la dernière partie du texte de Gaspard Angeleri, à propos de l'existence historique de Jésus Christ. L'auteur s'intéresse aux évangiles et nous livre sa conclusion sur la réalité historique du personnage.


VI – Les évangiles

Mais quel crédit peut-on accorder aux évangiles ? S’agit-il de documents historiques ? Peuvent-ils à eux seuls prouver la véracité de leur contenu ?

Pour les chrétiens, la question ne se pose pas : les évangiles sont la Vérité avec un grand V. Vérité historique, Vérité doctrinale, Vérité totale, y compris tout leur contenu supranaturel. C’est pour eux une question de foi (encore que nombreux sont les chrétiens de nos jours, même dans les milieux dits fondamentalistes, qui font le ménage dans les évangiles, en y retirant ce qui les gêne, les passages où Jésus voue ses ennemis au feu éternel par exemple).

Nous ne nous placerons pas, bien sûr, sur le terrain de la foi.

Pour un rationaliste donc, ou simplement pour une esprit indépendant et neutre, quelle valeur historique les évangiles peuvent-ils avoir ?

Rejetons déjà la soixantaine d’évangiles dits ‘’apocryphes’’, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas été introduits dans le canon des écritures par l’Eglise, bien que certains fourmillent de détails sur l’enfance ou la vie de Jésus. Les chrétiens eux-mêmes ne leur accordent aucune valeur historique et nous sommes d’accord avec eux.

Restent les quatre autres qui on bénéficié, on ne sait pourquoi, d’un traitement de faveur. Rien ne justifie pourtant, au regard de la pure critique, cette distinction particulière.

Les quatre évangiles officiels n’offrent pas plus de garanties que les autres. Leurs auteurs n’écrivent pas pour raconter des faits bien constatés, mais pour prouver certaines thèses d’ordre théologique. Chacun veut établir, par une série d’arguments bien choisis, que Jésus n’est pas un homme ordinaire, mais un être divin, qui a paru ici-bas sous une forme humaine pour faire la volonté du Père céleste et pour ramener à lui les âmes pécheresses. Aussi parlent-ils avec insistance des merveilles réalisées par lui.

Les faits qu’ils narrent sont les plus étranges, les plus fantastiques qu’on puisse concevoir. Aveugles qui voient, sourds qui entendent, paralytiques qui se meuvent, possédés de qui les démons sont expulsés, malades qui guérissent soudain, agonisants qui redeviennent pleins de vie, morts qui ressuscitent. Tels sont leurs thèmes habituels. Nous sommes là en pleine mythologie.

La réalité peut sans doute se mêler à la fiction. Mais pour l’en dégager, il faut user d’une critique minutieuse. Plus le merveilleux abonde dans un récit, plus nous devons nous montrer défiants à l’égard des faits même les plus simples et les plus naturels qui s’y trouvent associés. En pareille occurrence, le doute méthodique s’impose.

Pour ajouter foi aux évangélistes, même en ce qui concerne leurs affirmations les moins invraisemblables, il nous faudrait savoir sur quoi se fonde leur témoignage, quels moyens ils ont eu de se renseigner, jusqu’où est allée leur curiosité, dans quelle mesure ils ont été soucieux d’exactitude et de précision. Mais tout cela nous échappe. Nous ne savons sur eux à peu près rien. Nous ne connaissons même pas leurs noms car ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, par lesquels on les désigne, ne sont nullement garantis et paraissent également fictifs.

Les évangiles sont un manuel de doctrine et de morale et non des livres d’histoire. Ils se contredisent, bien des chrétiens l’admettent; le cadre géographique qu’ils présentent est bien souvent fantaisiste; les récits sont le plus souvent symboliques; les prophéties en tous genres y prolifèrent.

Jamais, au grand jamais, s’il ne s’agissait de textes réputés sacrés, divinement inspirés, aucun critique ou historien n'accorderait la moindre valeur à de pareils écrits.


VII – Conclusion

L’existence d’un homme Jésus, dit le Christ, ayant vécu au début de notre ère en Palestine où il aurait exercé un ministère public et jeté les bases d’une nouvelle religion, n’est attestée que par des livres ‘’sacrés’’, les évangiles, tout empreints de merveilleux et pour le moins suspects au plan historique.

Les témoignages extérieurs font défaut si l’on exclut des interpolations ou des faux que même les historiens chrétiens admettent pour la plupart aujourd’hui.

Notre conclusion est que l’existence du Jésus-homme des évangiles est très peu probable.

Par excès de prudence nous ne la nions pas ; nous la mettons fortement en doute. Ce que nous nions formellement, par contre, c’est tout ce qui est miraculeux et surnaturel dans cette vie, y compris ce qui nous est présenté comme des réalisations de prophéties de l’ancien testament. Mais en retirant tout cela du personnage central des évangiles, il n’en reste pas grand chose, pour ne pas dire rien.

J’aime à dire qu’il faut (presque) autant de foi pour croire en l’existence de Jésus que pour croire en sa résurrection.

Un dernier mot : si Jésus n’a pas vécu sur terre, comment s’est formé son mythe et comment est né et s’est développé le christianisme ? C’est un autre débat qui pourrait faire l’objet d’une autre étude. Disons simplement à ce sujet que le christianisme est un syncrétisme qui s’est développé, plus tardivement qu’on ne le dit officiellement, à partir de religions ou sectes préexistantes : le judaïsme, l’ essénisme, la gnose et les cultes à mystères. Le mythe de Jésus s’est formé progressivement à partir de l’image du Messie juif attendu, des dieux sauveurs des cultes à mystère, du Logos de la gnose et du Maître de Justice des esséniens.

G. ANGELERI


Bibliographie :

- E. MOUTIER-ROUSSET « Le Christ a-t-il existé ? » Sté Mutuelle d’Edition 1922
- E. MOUTIER-ROUSSER « La légende de Jésus » Ed. Idée Libre 1930
- P. ALFARIC, P.L. COUCHOUD, A BAYET, A. LORULOT « Le problème de Jésus et les origines du christianisme » Ed. Les œuvres représentatives 1932
- BELTRAMI, J. BOSSU, G.ORY, Ch. VIROLLEAUD, A.BAYET, A. LORULOT « Le mythe de Jésus » Ed. Idée Libre 1962
- G. LAS VERGNAS « Jésus-Christ a-t-il existé ? » Ed. La Ruche Ouvrière 1966
- P. ALFARIC « A l’école de la Raison » Publications de l’Union Rationaliste.
- Guy FAU « La fable de Jésus-Christ » Ed. de l’Union Rationaliste 1967
- G. ORY « Le Christ et Jésus » Ed. du Pavillon 1968
- G.A. WELLS « Did Jesus exist ? » Ed. Elek Pemberton Londres 1975 1986
- B. DUBOURG « L’invention de Jésus » Gallimard 1989
- BOSSI « Gesù Cristo non è mai esistito » Ediz. La Fiaccola



Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Auteur Adriatika  Lectures 6160  Commentaires 3  Date de publication: 12/05/2006


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Le 12-05-2006 à 20:41 #

Tout cela est certainement très intéressant... mais c'est si long et il y a tant d'articles... n'aurait-ce pas plutôt sa place sur le forum plutôt que sur le blog...
Et que penser, en terme d'objectivité scientifique, de la littérature maçonnique ? Chapelle contre chapelle ou plutôt contre temple ?

Le 20-11-2006 à 09:22 #

Bonjour,

j'ai lu avec attention l'ensemble du texte.

Travail intéressant, mais dont l'objectivité est des plus "délicate" à envisager.

Le principal souci posé par ce texte est son ancrage non pas dans le rationnel, mais dans le rationnalisme.
Non pas dans le scientifique, mais dans le scientisme.

Né au siècle des Lumières, la franc maçonnerie, louable sur bien des plans, n'a encore aujourd'hui, pas réussi à s'exstraire d'une volonté scientiste.

Au final, si j'ai appris deux ou trois choses sur le sujet j'ai surtout appris à me défier d'une argumentation finalement simpliste où le désir latent est par trop palpable.
Car implicitement -comme le souligne le post ci-dessus- le seul réel enjeu du texte est bien de "faire gagner" le maçon contre le temple.

J'en suis finalement déçu, car j'attendais un autre niveau de la part d'un conférencier maçon.
Mention: peut beaucoup mieux faire.

Le  5-09-2007 à 11:46 #

Pour enfoncer le clou, j'ajoute la présentation de mon ouvrage:
Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’Histoire (2002, éditions Publibook) Premières pages lisibles sur le site:
http://www.publibook.com/boutique2006/detail-1038-PB.html)
- - - -
Dans cet ouvrage je ne partage pas l'opinion de ceux qui mènent une “quête historique sur Jésus” dans une démarche évhémériste et en se fiant à des témoignages trouvés dans des copies chrétiennes. Le dossier Jésus est différent de ceux de Socrate ou de Spartacus. Les Évangiles, nos seules sources sur ce personnage, sont d’origine sectaire et imprégnées de surnaturel.

Je ne partage pas non plus l'opinion de ceux qui font naître le christianisme d’une mystification tardive. Une telle invention aurait produit des textes plus cohérents. En écrivant 40 ans ou plus d’un siècle “après Jésus”, on ne lui aurait pas fait prédire la fin des temps pour les gens de sa génération. Et, au moment où les chrétiens recrutaient chez les non-Juifs, on ne lui aurait pas fait dire qu’il s’adressait uniquement aux Juifs (exception faite pour des convertis exemplaires).

Pour moi la nouvelle religion est née d’une série de confusions sur les Évangiles, sur la nature de ces textes, leur sens, leur langue initiale et le motif de leur rédaction. La thèse présentée est déduite de plusieurs constats.

En lisant ces textes tels qu’ils sont écrits, on réalise qu’ils ne parlent pas d’un Jésus qui propose une nouvelle foi à tous les humains. Ils nous parlent d’un Jésus qui prêche une morale d’urgence aux seuls bons juifs de sa génération car la fin des temps est imminente.

La grande quantité des hébraïsmes, les traces mêmes de la traduction, révèlent une rédaction primitive en hébreu. Il faut noter que dans cette langue, les verbes ignorent la distinction nette entre passé, présent et futur (ainsi, selon les traducteurs, Nombres 24, 17 est donné par un présent, un futur ou un passé composé).

Ces textes sont des élaborations savantes qui laissent voir en filigrane toutes leurs sources d’inspiration littéraire, reprises d’idées et décalques. Ils ne peuvent pas être la mise par écrit de traditions orales populaires sur des réalités vécues. Il n’y a d’ailleurs aucune continuité entre leurs protagonistes et les premières communautés chrétiennes. Loin d’être un placage, les exploitations prophétiques concernent la masse même des informations. L’identité de Jésus, ses actes, ses paroles, son destin, tout est tiré des écrits sacrés antérieurs par explication (midrash) et interprétation (pesher). Le personnage est un Messie de synthèse dont la création a été motivé par l’attente eschatologique particulièrement vive au début du Ier siècle. Il s’agit d’un Messie “prévu” qui ne peut pas être une personne réelle. Les Évangiles sont des visions anticipatrices, de la religion-fiction, des révélations sur ce qui va arriver bientôt (comme l’Apocalypse). D’où quatre synthèses différentes où il n’est pas surprenant de trouver des anomalies, des invraisemblances et des contradictions. Elles ne concernent que la première manifestation du Messie, celle dans laquelle il sera un prophète persécuté et sacrifié. Les récits s’arrêtent avant la seconde “parousie” du Messie glorieux et Justicier.

Les premières mises par écrit peuvent être datées du début du gouvernement de Pilate… gouvernement qui correspond (selon un calcul possible) au 70e septénaire prévu en Daniel 9, 24-26. Quelques décennies plus tard, dans leurs versions traduites en grec (verbes adaptés), leur contenu a été inévitablement pris pour des récits biographiques sur des événements passés car contemporains de Pilate. Alors le “messianisme” d’une secte juive, peut-être apparentée à l’essénisme, a muté en “christianisme” hellénistique, le Messie Jésus est devenu Jésus-Christ, le mythe de la fin des temps a été recyclé en mythe fondateur d’une nouvelle religion universelle. Celle-ci, sur des modèles existants, a été progressivement organisée, dotée d’une institution, d’un culte et de dogmes. Sa volonté de monopoliser le sacré et d’imposer partout sa vérité unique l’a conduit, avec l’aide du pouvoir temporel, a donner le premier exemple de totalitarisme.
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