Voici la dernière partie du texte de Gaspard Angeleri, à propos de l'existence historique de Jésus Christ. L'auteur s'intéresse aux évangiles et nous livre sa conclusion sur la réalité historique du personnage.
VI – Les évangilesMais quel crédit peut-on accorder aux évangiles ? S’agit-il de documents historiques ? Peuvent-ils à eux seuls prouver la véracité de leur contenu ?
Pour les chrétiens, la question ne se pose pas : les évangiles sont la Vérité avec un grand V. Vérité historique, Vérité doctrinale, Vérité totale, y compris tout leur contenu supranaturel. C’est pour eux une question de foi (encore que nombreux sont les chrétiens de nos jours, même dans les milieux dits fondamentalistes, qui font le ménage dans les évangiles, en y retirant ce qui les gêne, les passages où Jésus voue ses ennemis au feu éternel par exemple).
Nous ne nous placerons pas, bien sûr, sur le terrain de la foi.
Pour un rationaliste donc, ou simplement pour une esprit indépendant et neutre, quelle valeur historique les évangiles peuvent-ils avoir ?
Rejetons déjà la soixantaine d’évangiles dits ‘’
apocryphes’’, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas été introduits dans le canon des écritures par l’Eglise, bien que certains fourmillent de détails sur l’enfance ou la vie de Jésus. Les chrétiens eux-mêmes ne leur accordent aucune valeur historique et nous sommes d’accord avec eux.
Restent les quatre autres qui on bénéficié, on ne sait pourquoi, d’un traitement de faveur. Rien ne justifie pourtant, au regard de la pure critique, cette distinction particulière.
Les quatre évangiles officiels n’offrent pas plus de garanties que les autres. Leurs auteurs n’écrivent pas pour raconter des faits bien constatés, mais pour prouver certaines thèses d’ordre théologique. Chacun veut établir, par une série d’arguments bien choisis, que Jésus n’est pas un homme ordinaire, mais un être divin, qui a paru ici-bas sous une forme humaine pour faire la volonté du Père céleste et pour ramener à lui les âmes pécheresses. Aussi parlent-ils avec insistance des merveilles réalisées par lui.
Les faits qu’ils narrent sont les plus étranges, les plus fantastiques qu’on puisse concevoir. Aveugles qui voient, sourds qui entendent, paralytiques qui se meuvent, possédés de qui les démons sont expulsés, malades qui guérissent soudain, agonisants qui redeviennent pleins de vie, morts qui ressuscitent. Tels sont leurs thèmes habituels. Nous sommes là en pleine mythologie.
La réalité peut sans doute se mêler à la fiction. Mais pour l’en dégager, il faut user d’une critique minutieuse. Plus le merveilleux abonde dans un récit, plus nous devons nous montrer défiants à l’égard des faits même les plus simples et les plus naturels qui s’y trouvent associés. En pareille occurrence, le doute méthodique s’impose.
Pour ajouter foi aux évangélistes, même en ce qui concerne leurs affirmations les moins invraisemblables, il nous faudrait savoir sur quoi se fonde leur témoignage, quels moyens ils ont eu de se renseigner, jusqu’où est allée leur curiosité, dans quelle mesure ils ont été soucieux d’exactitude et de précision. Mais tout cela nous échappe. Nous ne savons sur eux à peu près rien. Nous ne connaissons même pas leurs noms car ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, par lesquels on les désigne, ne sont nullement garantis et paraissent également fictifs.
Les évangiles sont un manuel de doctrine et de morale et non des livres d’histoire. Ils se contredisent, bien des chrétiens l’admettent; le cadre géographique qu’ils présentent est bien souvent fantaisiste; les récits sont le plus souvent symboliques; les prophéties en tous genres y prolifèrent.
Jamais, au grand jamais, s’il ne s’agissait de textes réputés sacrés, divinement inspirés,
aucun critique ou historien n'accorderait la moindre valeur à de pareils écrits.
VII – ConclusionL’existence d’un homme Jésus, dit le Christ, ayant vécu au début de notre ère en Palestine où il aurait exercé un ministère public et jeté les bases d’une nouvelle religion, n’est attestée que par des livres ‘’
sacrés’’, les évangiles, tout empreints de merveilleux et pour le moins suspects au plan historique.
Les témoignages extérieurs font défaut si l’on exclut des interpolations ou des faux que même les historiens chrétiens admettent pour la plupart aujourd’hui.
Notre conclusion est que l’existence du Jésus-homme des évangiles est très peu probable.
Par excès de prudence nous ne la nions pas ; nous la mettons fortement en doute. Ce que nous nions formellement, par contre, c’est tout ce qui est miraculeux et surnaturel dans cette vie, y compris ce qui nous est présenté comme des réalisations de prophéties de l’ancien testament. Mais en retirant tout cela du personnage central des évangiles, il n’en reste pas grand chose, pour ne pas dire rien.
J’aime à dire qu’il faut (presque) autant de foi pour croire en l’existence de Jésus que pour croire en sa résurrection.
Un dernier mot : si Jésus n’a pas vécu sur terre, comment s’est formé son mythe et comment est né et s’est développé le christianisme ? C’est un autre débat qui pourrait faire l’objet d’une autre étude. Disons simplement à ce sujet que le christianisme est un syncrétisme qui s’est développé, plus tardivement qu’on ne le dit officiellement, à partir de religions ou sectes préexistantes : le judaïsme, l’ essénisme, la gnose et les cultes à mystères. Le mythe de Jésus s’est formé progressivement à partir de l’image du Messie juif attendu, des dieux sauveurs des cultes à mystère, du Logos de la gnose et du Maître de Justice des esséniens.
G. ANGELERI
Bibliographie :
- E. MOUTIER-ROUSSET « Le Christ a-t-il existé ? » Sté Mutuelle d’Edition 1922
- E. MOUTIER-ROUSSER « La légende de Jésus » Ed. Idée Libre 1930
- P. ALFARIC, P.L. COUCHOUD, A BAYET, A. LORULOT « Le problème de Jésus et les origines du christianisme » Ed. Les œuvres représentatives 1932
- BELTRAMI, J. BOSSU, G.ORY, Ch. VIROLLEAUD, A.BAYET, A. LORULOT « Le mythe de Jésus » Ed. Idée Libre 1962
- G. LAS VERGNAS « Jésus-Christ a-t-il existé ? » Ed. La Ruche Ouvrière 1966
- P. ALFARIC « A l’école de la Raison » Publications de l’Union Rationaliste.
- Guy FAU « La fable de Jésus-Christ » Ed. de l’Union Rationaliste 1967
- G. ORY « Le Christ et Jésus » Ed. du Pavillon 1968
- G.A. WELLS « Did Jesus exist ? » Ed. Elek Pemberton Londres 1975 1986
- B. DUBOURG « L’invention de Jésus » Gallimard 1989
- BOSSI « Gesù Cristo non è mai esistito » Ediz. La FiaccolaPublié avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Adriatika
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12/05/2006