
Voici venir bientôt sur les fils de la Toile
Deux animaux nouveaux que la science ignorait :
L'un petit, l'oeil coquin, les pattes en étoile
L'autre couvert de plume et le ventre replet...
Le premier quand il veut dans un pertuis se glisse
Mais toujours au second il faut ouvrir en grand ;
Quand l'un monte au plafond sur un fil qu'il se tisse,
L'autre est balourd, trébuche et tombe et se répand.
Le plus petit, farceur, curieux et agile
Veut tout savoir sur tout et ne rien ignorer ;
Le plus gros, au contraire, ayant l'esprit facile
Et le cerveau menu, ne fait que se tromper
Les yeux vifs du premier voient tout et s'en repaissent
Avides de connaître et jamais rassasiés ;
Au second, il faudrait des bésicles épaisses :
Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez.
L'un court, bondit, s'envole et toujours se rattrape
À la branche, au rayon de lune qui passait ;
Pour l'autre il n'est de piège ni de chausse-trappe
Où il ne donne, imbu de lui, l'air satisfait.
Ils sont amis, autant que tous deux peuvent l'être ;
Si le premier répond au beau nom d'Arakien
L'on peut crier le nom de l'autre à la fenêtre :
Il est sourd, ou stupide, et ne répondra rien.
Il se nomme WéWé, et ce nom dérisoire
Lui va comme une moufle ou comme un pyjama ;
Déjà rayé, zébré du dos à la nageoire
Il est aussi rayé... des listes du Gotha !
Arakien le futé tient un fort cousinage
Des bestioles poilues et des arachnidés ;
WéWé tient de l'oiseau dont il a le plumage
Et le bec, mais il a le cerveau dans les pieds !
Le pataud palmipède et l'arthropode artiste
Vont, en marchant pour l'un, l'autre par petits sauts ;
Celui-ci aux huit bras est un équilibriste,
Celui-là, n'en ayant pas un seul, est manchot !
Vous apprendrez bientôt à tous deux les connaître
Et vous apprécierez à leur juste valeur
Ici la ruse, là la bêtise, et peut-être
Du moins nous l'espérons, leur double bonne humeur !
Ludwig
3311
18
21/02/2008