Hello,
Les termes de "vérité" ou de "réalité" sont le plus souvent bannis en sciences il me semble. C'est une précaution nécessaire, car cela renvoi à des concepts multiformes et discutables. On pourrait tenter de se lancer dans des élucubrations philosophiques sans faire avancer le bidule... Tout ça parce que, bosser sur des concepts, y a rien de plus galère.
1. Observations, théories, explications, critiques et complexité
Tu parles d'évolution ou de prédictions des sentiments.
Théoriquement cela est possible en effet : il faut juste se rendre compte que ces deux phénomènes, et bien d'autres, sont des systèmes dynamiques complexes.
C'est à dire qu'ils sont composés d'un nombre estimé de variables (premier biais dû à la limite des connaissances) ; variables qui ont "un poids" dans la prédiction du comportement ou du phénomène (biais d'estimation de ces poids en fonction de la méthode de mesure mais aussi en fonction des "modes" de recherches...) et qui ont des interactions complexes entre elles (sous des modalités soumis aux mêmes biais que précédemment) et dans un contexte environnemental particulier (pas toujours facile de tenir constant le contexte, surtout lorsqu'on bosse sur du non inerte...).
On en est loin en pratique bien entendu. Pour le moment.
2. Les concepts sont avant tout des mots : un mot peut renvoyer à un consensus sans que le concept derrière existe. Importance de chercher encore et de critiquer
Pour en revenir à la subjectivité de la vérité (concept qui renvoie peut-être à une idée inexistante et uniquement croyantique par ailleurs), à force de pousser les limites on s'aperçoit que nous n'atteignons pas du tout un degré de certitude établi mais que la science, et ses aspects perfectionniste et critique, arrivent tôt ou tard à se faire effondrer (au moins partiellement) des théories que l'on pensait acquises.
Newton explique la mécanique classique : ça marche drôlement bien !
Oui, mais peu précise, Einstein se ramène alors avec ses relativités et ça change pas mal de choses !
Pire, la quantique arrive dans la foulée.
Bilan grossier : la relativité générale marche ; la quantique aussi : mais impossible de les faire cohabiter ni de les prendre en défaut... Elles expliquent bien les phénomènes dans leur monde respectif.
Et pour passer de l'une à l'autre, on pense à une transmutation des lois donnant lieu à une décohérence macroscopique.
Fastoche hein...
Donc, d'un point de vue épistémologique, scientifique, pratique : le concept même de vérité est à prendre avec des pincettes dans la vie, et à ne pas prendre sans gants ultra-protecteurs et une longue canne lorsqu'on bosse en sciences.
Et pour terminer mon propos, je citerais une petite phrase du biologiste Jean Rostand : "Je fuis de ceux qui pensent avoir déjà trouvé, pour me rapprocher de ceux qui cherchent encore"