Achtung : il serait faux de penser qu'il n'y a qu'un seul photon, car un objet, fût-il quantique ne sera que dans un seul état lorsqu'on effectuera une mesure sur lui : la superposition d'état ne survit pas à la mesure. Le chat de Schrödinger peut être à la fois mort et vivant tant qu'on ne le regarde pas, mais examiner son cas le fera passer obligatoirement dans un état déterminé : mort OU vivant.
Dans le cas des photons intriqués, la mesure du photon A donne une valeur pour sa polarisation, mais fixe aussi la polarisation du photon B qui sera différente de celle de A. Un même photon ne peut pas avoir deux polarisations différentes lors d'une mesure, ce sont donc bien deux photons différents. Par contre, lorsqu'on les a fait interagir, leurs fonctions d'onde se sont "mélangées" pour n'en former plus qu'une. La réduction du paquet d'onde qui se produit lors de la mesure sur A concerne en fait la fonction d'onde de l'objet quantique (A+B) et donc concerne aussi le photon B. Et, pour autant que ce que l'on sache soit correct, la réduction du paquet d'onde d'un objet quantique touche l'objet dans son intégralité et instantanément.
D'où l'idée que "tout se passe comme si l'info allait de A à B de façon instantanée, donc à une vitesse infinie". Il ne faut pas oublier le "tout se passe comme si" : c'est juste une image pour comprendre l'inconcevable à notre niveau en utilisant les phénomènes connus. En tant qu'êtres humains, on se dit que le photon B doit avoir un "moyen" de "savoir" que son frère jumeau vient d'être réduit. Et, en tant qu'êtres humains, lorsqu'on veut connaître l'état de quelqu'un de distant, il faut qu'on communique avec lui. D'où l'imagerie liée à notre expérience quotidienne.
Mais en fait, peut-être que les concepts qui nous sont habituels ne sont que des approximations valables à notre échelle de choses beaucoup plus complexes... Peut-être que la localité est une illusion... Peut être que, à l'instar de la cuillère, l'espace n'existe pas... De toute façon, ce n'est pas si grave que ça, si "tout se passe comme si" les photons se téléphonaient à une vitesse plus grande que "c". On peut trouver d'autres choses qui se déplacent plus vite que "c", mais elles ne transporteront pas de l'information, et donc la morale einsteinienne est sauve.
Le fait qui me fasse dire qu'il y a bien deux photons, malgré le fait que l'on peut arguer que la position d'une "particule" ne peut être déterminée avec précision, de part le principe d'incertitude de Heisenberg, est que, dans l'expérience d'Aspect, qui a ouvert la route à celle de la téléportation quantique, on mesure la polarisation de deux photons intriqués. Lors de la mesure, la particule est localisée. On a donc bien deux particules. Mais comme le résultat de la mesure de l'une dépend du résultat de la mesure de l'autre, on peut donc dire qu'elles ne forment plus qu'un seul objet, ce qui veut aussi dire que la localité est un concept inapplicable à l'échelle quantique.
Mais ça m'a fait penser à la boutade de Wheeler, rapportée par Feynman :
- Feynman, je sais pourquoi tous les électrons ont la même charge et la même masse.
- Pourquoi ?
- Parce qu'ils sont tous le même électron !
@+
(Modifié par Kweeky le 19-04-2008 à 09:34)