Bonjour,
Matière / Niveau: Français Première
Problème ou exercice:
Texte A : Ronsard, « Marie, qui voudrait votre beau nom tourner »,
Continuation des Amours
Après Les Amours de Cassandre, inspirés par une grande dame et marqués par le pétrasquisme et l’érudition, Ronsard trouve une
nouvelle inspiratrice, Marie ; elle a quinze ans et c’est une jeune paysanne.
Marie, qui voudrait votre beau nom tourner,
Il trouverait Aimer1 : aimez-moi donc, Marie,
Faites cela vers moi dont votre nom vous prie,
Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner2.
S’il vous plaît pour jamais3 un plaisir demener4,
Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie,
Pendus l’un l’autre au col, et jamais nulle envie
D’aimer en autre lieu ne nous pourra mener.
Si5 faut-il bien aimer au monde quelque chose :
Celui qui n’aime point, celui-là se propose
Une vie d’un Scythe6, et ses jours veut passer
Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure.
Eh, qu’est-il rien de doux sans Vénus ? las ! à l’heure
Que je n’aimerai point, puissé-je trépasser !7
1. Anagramme : jeu qui consiste à déplacer les lettres d’un mot. Les Grecs y voyaient des présages.
2. Comprenez : à une meilleure personne
3. À jamais, pour toujours, éternellement.
4. Demener : ressentir.
5. Car
6. Les Scythes, dans l’antiquité, étaient réputés comme le type même des barbares.
7. Les deux derniers vers sont une traduction, quasiment mot à mot de Stobée, écrivain grec du IVe siècle après Jesus-Christ.
evoir 06 écrit
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Texte B - Charles Baudelaire, « L’Invitation au voyage », Les Fleurs du Mal
L’Invitation au voyage
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels8 brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe9 et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
8. Vocabulaire technique de la peintue. Baudelaire pense probablement à des tableaux hollandais.
9. Jaune rougeâtre.
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Texte C - Arthur Rimbaud, « Alchimie du verbe », Une Saison en enfer
Ce recueil est le récit d’une aventure humaine et poétique ; il évoque le rêve de la poésie absolue sous toutes les formes ; c’est
aussi un adieu à l’écriture.
Alchimie du verbe
À moi10. L’histoire d’une de mes folies.
Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et
trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.
J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques,
enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d’église,
livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits
livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.
Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations11,
républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs,
déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.
J’inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, 0 bleu, U
vert12. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des
rythmes instinctifs, je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible, un
jour ou l’autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.
Ce fut d’abord une étude. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable.
Je fixais des vertiges.
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d’après-midi tiède et vert ?
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
- Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert !-
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie ? Quelque liqueur d’or qui fait suer.
Je faisais une louche enseigne d’auberge.
- Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L’eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;
Pleurant, je voyais de l’or, - et ne pus boire -13
[...]
10. À mon tour (Rimbaud faisait précédemment parler Verlaine).
11. Récits.
12. Allusion au sonnet intitulé « Voyelles » (Poésies, 1871).
13. Ce poème, écrit en 1872, était alors intitulé, « Larme ».
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Texte D - Guillaume Apollinaire, « Paysage », Calligrammes
Guillaume APOLLINAIRE, « Paysage in Calligrammes » © Editions GALLIMARD
Texte E - Raymond Queneau, L’Instant fatal
Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème
Tiens en voilà justement un qui passe
Petit petit petit
viens ici que je t’enfile
sur le fil du collier de mes autres poèmes
viens ici que je t’entube
dans le comprimé de mes oeuvres complètes
viens ici que je t’enpapouète
et que je t’enrime
et que je t’enrythme
et que je t’enlyre
et que je t’enpégase
et que je t’enverse
et que je t’enprose
la vache
il a foutu le camp
Raymond QUENEAU, « Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème…»
issu de «Pour un art poétique» recueilli dans l’Instant fatal. © Éditions GALLIMARD
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Où j'en suis:
Mes questions:
Après avoir lu le corpus, vous répondrez aux questions suivantes.
1. Qu’est-ce qui amorce ou enclenche la création du poème dans ces cinq textes ? (2 points)
2. Pour chaque texte, relevez et analysez le procédé d’écriture qui permet au poète de jouer sur la relation signifiant/signifié.
Merci