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vulgarisation scientifique




18 ans.

Le 30 avril à 09:44 #

Bonjour à tous,
je ne n'ai pas du tout une formation scientifique, aussi je me demandais si toutes les sources de vulgarisation scientifiques étaient plutôt un beau progrès pédagogique qui permettait de rendre accessible des données scientifiques fondamentales ou si au contraire cela participait a un non savoir populaire, dans la mesure ou souvent la simplification, force de simplicité perd certains aspects clé des mécanismes réels.
Aussi si beaucoup s'accordent a dire que la science est une succession d'erreurs rectifiées, une tout aussi grosse part de la population ne s'interroge pas sur véracité des propos théoriques scientifiques qui leur sont donnés, d'une part car la simplification fait apparaître les choses comme des évidences, mais aussi car ils n'ont pas les moyens techniques de vérifier cela.
Aussi lorsque l'on achète un livre de vulgarisation scientifique, il est facile d'avoir une doctrine très orientée et séduisante et pourtant, dans les faits tout a fait démenties. Je pense beaucoup en disant cela au chemin que fait dans les esprits la théorie du "dessin intelligent" comme concurrentielle de la théorie de l'évolution, non seulement en Amérique mais aussi dans bien des pays comme la suisse, la Belgique ou même la France (avec l'affaire de "l'atlas de la création" diffusé dans des établissements scolaires)
Pourtant, ou ailleurs qu'en médecine et en science en général, les êtres ont ils le plus besoin d'objectivité forte?
Lorsque l'on entend des personnes qui reviennent de chez leur médecin spécialiste ou non, et que ces personnes font le compte rendu de ce qui a été dit par le médecin, on est saisi par le côté "téléphone arabe": en effet tout a été déformé dans le transfert.
Mais je crois que le pire en la matière c'est lorsque ces même personnes parlent de leur opération en disant "ils ont coupé ce tuyau" et se rassure en se disant "ce n'est qu'un problème mécanique, c'est comme de la plomberie".
Peu être suis je intolérante mais tous ces discours m'irritent au plus haut point. Car cela est très frustrant pour un non scientifique de ne pas avoir accès a des savoirs qui nous concernent tous et de si près, tout en ayant toujours ce doute horrible: peu être ce que je lis n'a aucune réalité scientifique objective tout en sachant que ce qui s'en satisfont courent peu être un danger en faisant audience a une théorie-simulacre.
Je sais bien que la science se nourri du dialogue entre les différentes théories, mais toute cette diversité conduit a une certaine désillusion du "progrès" scientifique et a un manque de lisibilité. Cela laisse a croire qu'il n'y ai aucune certitude en quelque domaine que ce soit, or cela est nier le fait qu'aujourd'hui certaine règles comme la loi de l'attraction, restent non démenties.
Tout cela est dommage.
Aussi je serais curieuse, de savoir comment des personnes pour qui la science est leur métier, essayent de faire partager leurs connaissances, et dans quelle mesure vous vous attendez a une compréhension?

Le 30 avril à 11:48 #

Hello!

Très vaste question... Presque philosophique, ma parole!

Personnellement, je travaille dans la médecine. Je n'ai pas encore mon diplôme, certes, mais j'ai déjà eu à expliquer plusieurs maladies et plusieurs mécanismes physiologiques dans la vraie vie ou sur ce site.

Pour moi, la vulgarisation est à la fois une politesse et un outil.
Une politesse, car il me semble que le moins que je puisse faire pour mes patients est de leur expliquer ce qui se passe et ce que je leur fait et un outil, car il a été démontré que plus les gens comprenaient leur situation, plus ils se sentaient impliqués dans leur guérison et en plus de l'évident effet sur le moral, ils prennent mieux leur traitement et suivent mieux les consignes du médecin.

Pour moi, l'objectif est assez complexe.
Il s'agit de pouvoir donner une explication qui soit assez simple pour que l'interlocuteur ne se désintéresse pas du discours au bout de cinq minutes, assez complète pour qu'il puisse comprendre et donner un sens à ce qui lui arrive et seulement en troisième position, qui soit le plus proche possible de la réalité.

L'objectif pour moi n'est pas de transmettre une réalité pour deux raisons: premièrement, comme dit plus haut, par ce que la réalité est beaucoup trop complexe pour être livrée sans préparation en cinq minutes à une personne non formée et généralement sous le choc.
Deuxièmement, par ce que je ne suis pas sûr de la détenir!
combien de fois en médecine des modèles parfaitement reconnus on été balayés? Combien de fois le plus parfait bon sens s'est révélé la dernière des conneries.

Les seules "vérités" que nous avons sont des résultats d'études cliniques, des éléments empiriques, avec leurs limitations et leurs biais statistiques sur lesquels on tente de construire des modèles théoriques les plus cohérents possibles et dont on n'est pas parfaitement sûrs.

Je pense que c'est pareil quand on touche aux zones les plus complexes des autres sciences. On a des modèles qui sont cohérents, mais qui n'ont pas été prouvés.

De même, on peut avoir recours à des modèles reconnus faux mais qui simplifient la compréhension et ne sont pas incohérents avec le degré de connaissance visé. Je prendrai l'exemple des sciences atomiques qu'on enseigne au lycée.
En Suisse en tout cas, on base tout sur le modèle de l'atome selon Bohr qui n'est pas réaliste, mais, encore une fois, clair et suffisant pour le niveau visé.

Je suis peut-être trop pragmatique, mais si la Vérité (avec un grand V) m'est inaccessible et que la représentation que je m'en fais ne me handicape pas dans l'usage que j'en fais, j'aime à m'en satisfaire et je laisse la quête d'une Vérité absolue aux théologues...


lol:

Le 30 avril à 14:25 #

Salut,

Selon moi la vulgarisation scientifique est une chose importante, car elle permet de sensibiliser les personnes non-scientifiques à des questions qui peuvent les concerner, y compris dans leur vie quotidienne. Cela dit, il ne s'agit pas d'une activité sans risques. Il faut en effet de la "bonne" vulgarisation, et ce n'est pas facile à faire.

Les concepts utilisés en Physique, par exemple, même les plus fondamentaux, sont loin d'être évidents, et nécessitent un certain recul afin de pouvoir prétendre les avoir assimilés. La tâche du vulgarisateur est donc de présenter ces concepts de la façon la plus simple possible, afin de les rendre accessibles aux non-scientifiques, qui ne connaissent pas le vocabulaire spécifique et qui n'ont pas les outils théoriques permettant de les comprendre. Le problème est qu'en simplifiant, on dénature aussi la teneur du message. Si la simplification est trop poussée, on peut même raconter des choses fausses, et créer de fausses représentations chez les non-spécialistes. Ces derniers n'ont pas la possibilité de mettre en doute les affirmations qu'ils lisent, comme le dit Sycomore.

Donc faire de la bonne vulgarisation, c'est trouver le bon dosage, entre simplicité du discours, et rigueur scientifique. Mais, même lorsqu'on a trouvé le bon ton, certains écueils subsistent : afin de présenter de manière simplifiée des concepts complexes, il y a plusieurs méthodes, mais l'une des plus utilisée est celle de l'analogie : on explique un phénomène par un autre, qui présente beaucoup de similitudes, et qui est surtout plus facilement accessible. On peut citer en exemple l'explication du circuit électrique par l'analogie hydraulique : on fait comme si le courant circulait dans les fils électriques de la même façon que de l'eau va circuler dans des tuyaux. Cette analogie est très intéressante car très féconde, et très nombreux sont les phénomènes qui seront similaires en électricité et en hydraulique. Mais cette analogie est aussi trompeuse car un non-spécialiste peut se mettre à penser que c'est comme ça que ça se passe dans la réalité, alors que dans certaines situations l'analogie hydraulique est inapplicable. Donc une analogie peut être confondue avec la réalité (quand je parle de réalité, je veux parler de ce que le physicien appelle la réalité. Comme Daf', je laisse les métaphysiciens s'occuper du problème de la réalité dans l'absolu). Ce n'est pas quelque chose de catastrophique en soi, mais on oublie alors qu'il ne s'agit que d'une image, qui a un domaine de validité limité.

Un autre problème, un peu similaire à celui de l'usage d'analogies, est celui de l'utilisation de modèles. Les scientifiques n'arrêtent pas de créer des modèles, c'est-à-dire des représentations simplifiées de la réalité, qui ne sont valides que lorsque les hypothèses qui les définissent sont remplies. En gros, les modèles ne seront valides que dans un certain domaine, et sera totalement faux ailleurs. Comme exemple, on peut citer la mécanique de Newton, qui date de la fin du XVIIème siècle et qui est toujours utilisée pour guider des sondes vers d'autres planètes. Cette théorie, qui est une des plus belles constructions de la Physique, est valide dans pratiquement toutes les situations rencontrées dans "la vie de tous les jours". Elle donne des résultats incohérents pour des objets se déplaçant à des vitesses proches de celle de la lumière, ou alors dans le monde microscopique. Le physicien sait dans quelles situations il ne pourra plus se servir de la mécanique de Newton et qu'il devra utiliser des théories plus complètes, mais plus compliquées. Pour des vitesses terrestres, comme celles d'un train, Newton donne des résultats qui collent à la réalité (c'est-à-dire aux mesures) avec une précision bien plus grande que celle des instruments de mesure usuels. Par contre, philosophiquement parlant, nous savons que nous sommes dans l'erreur, comme le disait Feynman.

Pour prendre un autre exemple, cité par Daf' : la représentation de l'atome par le modèle planétaire. Ce modèle est faux parce qu'un atome ne ressemble absolument pas à un système planétaire : les seules grosses similitudes sont que pratiquement toute la masse est contenue dans le noyau, et que l'atome est composé en grande majorité de vide. Mais les électrons n'ont pas une orbite régulière et bien définie autour du noyau. Le modèle est donc faux, mais il est toujours enseigné et utilisé, parce qu'il permet : 1. de se représenter un atome par une image familière. 2. d'expliquer certains phénomènes, à partir du moment que certaines hypothèses sont remplies.

Le danger est le même qu'avec l'analogie : le non-spécialiste risque de prendre le modèle pour la réalité, alors qu'il ne s'agit que d'une approximation de celle-ci. Ce point me semble-t-il, est très difficile à faire passer, car pour le grand public, la Science est synonyme de vérité absolue, alors que ce n'est absolument pas le cas.

Ensuite se pose une autre question : peut-on tout vulgariser ? Certains concepts fondamentaux (conservation de l'énergie, lois de l'équilibre, chute des corps, ...) sont loin d'être compris par tout un chacun. Mais il sont facilement mis en évidence par des expériences simples, certaines ne nécessitant pas de moyens matériels très importants. Mais quid des domaines dit de pointe : astrophysique, mécanique quantique, ... ? Peut-on vulgariser des domaines où les théories sont parfois mal comprises y compris par les initiés ? Le danger est alors très grand : comme les concepts sont très complexes, on va simplifier vraiment à l'extrême. D'une part, comme je l'ai dit au début, on va commencer à raconter des choses plus qu'approximatives, voire totalement fausses, que le béotien prendra pour argent comptant. D'autre part, on va tellement simplifier, que le béotien en question va trouver les choses évidentes, tellement évidentes qu'il va se servir de ces modèles et des ces représentations simplifiées à outrance pour bâtir des raisonnements qui ne pourront qu'être faux. Et c'est ainsi qu'un non physicien va s'improviser astrophysicien, et va expliquer à un autre quidam comment on pourrait voyager dans le temps à l'aide d'un trou de ver. Avec une caution scientifique, je l'ai lu dans le livre de Machin. L'information sera reprise et déformée à souhait, et se transformera un peu plus tard en site web où on vous expliquera qu'il est scientifiquement prouvé que l'on puisse fabriquer un trou de ver pour s'en servir comme machine à voyager dans le temps.

Et que penser alors des derniers développements de la Physique théorique, comme la théorie des cordes qui semble prometteuse, mais qui n'est pas encore une théorie physique dans le sens où elle n'est pas réfutable expérimentalement. Comment vulgariser une chose que très peu de gens maîtrisent, vu le niveau de mathématiques nécessaires pour la comprendre ? Du coup, tous les ouvrages essayant de vulgariser cette théorie restent très vagues et imprécis, donnant une idée fausse que finalement, c'est facile cette affaire-là... Ainsi qu'une autre idée fausse, car présenté comme cela est très souvent présenté, on pourrait croire qu'il s'agit de la vérité, alors qu'il ne s'agit tout au plus que de conjectures.

C'est donc une question fascinante, mais qui n'est pas facile à régler. Je pense qu'avant de songer à faire de la vulgarisation de masse comme il est fait actuellement, il faudrait tout d'abord éduquer le citoyen et lui donner les bases de la méthode scientifique, en revoyant peut-être l'enseignement des sciences dans les écoles primaires. Le but ne serait pas de former des scientifiques, mais de former les jeunes à la méthode scientifique, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Je n'ai pas de solution à proposer, c'est juste une idée comme ça.

Voili, voilou, je pense que j'ai fait trop long, mais c'est vraiment un sujet qui me tient à coeur.

@+



18 ans.

Le 30 avril à 18:38 #

Merci à vous d'avoir répondu si rapidement et de manière si détaillée, mais je crois qu'effectivement le sujet ne mérite pas d'être éludé en quelques lignes. Je suis ravie d'avoir déjà deux point de vu différents, l'un plus accès sur la connaissance médicale du patient concerné et l'autre plus tourné vers la connaissance scientifique et ses possibles approches de manière globale. D'ailleurs, pour répondre à Kweeky, je suis particulièrement intéressée par ce qui est souligné a la fin de votre développement sur le (discours) de la méthode scientifique.

sycomore.

Le  2 mai à 22:50 #

La vulgarisation scientifique a ceci de particulier qu'elle ne peut concerner que l'infime partie du public déjà intéressé par les sciences.
Or, la principale question des rapports entre sciences et société est bien "comment faire accéder le plus grand nombre aux méthodes et aux savoirs scientifiques ?"
Sachant que, comme Kweeky, je suis convaincu que la méthode a plus d'importance que les savoirs.
Dans son centre de loisirs de Vaulx-en-Velin, il fait comment, le petit Mustapha, pour accéder à la science ?
Son problème a lui, ce n'est pas la vulgarisation ; c'est qu'il croit que la science est un exercice scolaire, comme la dictée. Il ignore à quoi ça sert. C'est ça qu'il faut vulgariser : l'utilité et le fonctionnement de la science, et le faire pour tous, partout, et dans tous les temps de la vie.
L
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