Salut,
Selon moi la vulgarisation scientifique est une chose importante, car elle permet de sensibiliser les personnes non-scientifiques à des questions qui peuvent les concerner, y compris dans leur vie quotidienne. Cela dit, il ne s'agit pas d'une activité sans risques. Il faut en effet de la "bonne" vulgarisation, et ce n'est pas facile à faire.
Les concepts utilisés en Physique, par exemple, même les plus fondamentaux, sont loin d'être évidents, et nécessitent un certain recul afin de pouvoir prétendre les avoir assimilés. La tâche du vulgarisateur est donc de présenter ces concepts de la façon la plus simple possible, afin de les rendre accessibles aux non-scientifiques, qui ne connaissent pas le vocabulaire spécifique et qui n'ont pas les outils théoriques permettant de les comprendre. Le problème est qu'en simplifiant, on dénature aussi la teneur du message. Si la simplification est trop poussée, on peut même raconter des choses fausses, et créer de fausses représentations chez les non-spécialistes. Ces derniers n'ont pas la possibilité de mettre en doute les affirmations qu'ils lisent, comme le dit Sycomore.
Donc faire de la bonne vulgarisation, c'est trouver le bon dosage, entre simplicité du discours, et rigueur scientifique. Mais, même lorsqu'on a trouvé le bon ton, certains écueils subsistent : afin de présenter de manière simplifiée des concepts complexes, il y a plusieurs méthodes, mais l'une des plus utilisée est celle de l'analogie : on explique un phénomène par un autre, qui présente beaucoup de similitudes, et qui est surtout plus facilement accessible. On peut citer en exemple l'explication du circuit électrique par l'analogie hydraulique : on fait comme si le courant circulait dans les fils électriques de la même façon que de l'eau va circuler dans des tuyaux. Cette analogie est très intéressante car très féconde, et très nombreux sont les phénomènes qui seront similaires en électricité et en hydraulique. Mais cette analogie est aussi trompeuse car un non-spécialiste peut se mettre à penser que c'est comme ça que ça se passe dans la réalité, alors que dans certaines situations l'analogie hydraulique est inapplicable. Donc une analogie peut être confondue avec la réalité (quand je parle de réalité, je veux parler de ce que le physicien appelle la réalité. Comme Daf', je laisse les métaphysiciens s'occuper du problème de la réalité dans l'absolu). Ce n'est pas quelque chose de catastrophique en soi, mais on oublie alors qu'il ne s'agit que d'une image, qui a un domaine de validité limité.
Un autre problème, un peu similaire à celui de l'usage d'analogies, est celui de l'utilisation de modèles. Les scientifiques n'arrêtent pas de créer des modèles, c'est-à-dire des représentations simplifiées de la réalité, qui ne sont valides que lorsque les hypothèses qui les définissent sont remplies. En gros, les modèles ne seront valides que dans un certain domaine, et sera totalement faux ailleurs. Comme exemple, on peut citer la mécanique de Newton, qui date de la fin du XVIIème siècle et qui est toujours utilisée pour guider des sondes vers d'autres planètes. Cette théorie, qui est une des plus belles constructions de la Physique, est valide dans pratiquement toutes les situations rencontrées dans "la vie de tous les jours". Elle donne des résultats incohérents pour des objets se déplaçant à des vitesses proches de celle de la lumière, ou alors dans le monde microscopique. Le physicien sait dans quelles situations il ne pourra plus se servir de la mécanique de Newton et qu'il devra utiliser des théories plus complètes, mais plus compliquées. Pour des vitesses terrestres, comme celles d'un train, Newton donne des résultats qui collent à la réalité (c'est-à-dire aux mesures) avec une précision bien plus grande que celle des instruments de mesure usuels. Par contre, philosophiquement parlant, nous savons que nous sommes dans l'erreur, comme le disait Feynman.
Pour prendre un autre exemple, cité par Daf' : la représentation de l'atome par le modèle planétaire. Ce modèle est faux parce qu'un atome ne ressemble absolument pas à un système planétaire : les seules grosses similitudes sont que pratiquement toute la masse est contenue dans le noyau, et que l'atome est composé en grande majorité de vide. Mais les électrons n'ont pas une orbite régulière et bien définie autour du noyau. Le modèle est donc faux, mais il est toujours enseigné et utilisé, parce qu'il permet : 1. de se représenter un atome par une image familière. 2. d'expliquer certains phénomènes, à partir du moment que certaines hypothèses sont remplies.
Le danger est le même qu'avec l'analogie : le non-spécialiste risque de prendre le modèle pour la réalité, alors qu'il ne s'agit que d'une approximation de celle-ci. Ce point me semble-t-il, est très difficile à faire passer, car pour le grand public, la Science est synonyme de vérité absolue, alors que ce n'est absolument pas le cas.
Ensuite se pose une autre question : peut-on tout vulgariser ? Certains concepts fondamentaux (conservation de l'énergie, lois de l'équilibre, chute des corps, ...) sont loin d'être compris par tout un chacun. Mais il sont facilement mis en évidence par des expériences simples, certaines ne nécessitant pas de moyens matériels très importants. Mais quid des domaines dit de pointe : astrophysique, mécanique quantique, ... ? Peut-on vulgariser des domaines où les théories sont parfois mal comprises y compris par les initiés ? Le danger est alors très grand : comme les concepts sont très complexes, on va simplifier vraiment à l'extrême. D'une part, comme je l'ai dit au début, on va commencer à raconter des choses plus qu'approximatives, voire totalement fausses, que le béotien prendra pour argent comptant. D'autre part, on va tellement simplifier, que le béotien en question va trouver les choses évidentes, tellement évidentes qu'il va se servir de ces modèles et des ces représentations simplifiées à outrance pour bâtir des raisonnements qui ne pourront qu'être faux. Et c'est ainsi qu'un non physicien va s'improviser astrophysicien, et va expliquer à un autre quidam comment on pourrait voyager dans le temps à l'aide d'un trou de ver. Avec une caution scientifique, je l'ai lu dans le livre de Machin. L'information sera reprise et déformée à souhait, et se transformera un peu plus tard en site web où on vous expliquera qu'il est scientifiquement prouvé que l'on puisse fabriquer un trou de ver pour s'en servir comme machine à voyager dans le temps.
Et que penser alors des derniers développements de la Physique théorique, comme la théorie des cordes qui semble prometteuse, mais qui n'est pas encore une théorie physique dans le sens où elle n'est pas réfutable expérimentalement. Comment vulgariser une chose que très peu de gens maîtrisent, vu le niveau de mathématiques nécessaires pour la comprendre ? Du coup, tous les ouvrages essayant de vulgariser cette théorie restent très vagues et imprécis, donnant une idée fausse que finalement, c'est facile cette affaire-là... Ainsi qu'une autre idée fausse, car présenté comme cela est très souvent présenté, on pourrait croire qu'il s'agit de la vérité, alors qu'il ne s'agit tout au plus que de conjectures.
C'est donc une question fascinante, mais qui n'est pas facile à régler. Je pense qu'avant de songer à faire de la vulgarisation de masse comme il est fait actuellement, il faudrait tout d'abord éduquer le citoyen et lui donner les bases de la méthode scientifique, en revoyant peut-être l'enseignement des sciences dans les écoles primaires. Le but ne serait pas de former des scientifiques, mais de former les jeunes à la méthode scientifique, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Je n'ai pas de solution à proposer, c'est juste une idée comme ça.
Voili, voilou, je pense que j'ai fait trop long, mais c'est vraiment un sujet qui me tient à coeur.
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