Bonjour,
A la une du dernier numéro de Science & Vie (n°1095, décembre 2008), est posé la problématique : "
Peut-on encore sauver internet ?"
C'est parce que j'ai été relativement surpris de ce que j'y ai lu que je souhaite obtenir vos réactions. Alors que, selon un sondage réalisé par le Clusif, 94% des internautes français se sentent
"plutôt ou totalement en sécurité" sur les réseaux de la toile, voici ses principales failles révélées par l'article sur l'architecture et la sécurité des protocoles fondamentaux :
1)
Croissance d'exploitation du réseau : En 20 ans, le nombre d'entrées BGP (système d'aiguillage des données) a explosé, complexifiant le réseau Internet. La firme Cisco prévoit en 2012, un trafic 4 fois supérieur à celui de 2008. En cause ? L'arrivée d'une nouvelle catégorie d'internautes, issus des pays du Tiers Monde, mais aussi d'une nouvelle génération de pratiques très consommatrices en bande passante (Vidéo HD, internet mobile, communications en temps réél, jeux en réseau, P2P, etc.). Selon une étude de Nemertes Research, la demande de flux pourrait surpasser les capacités de l'infrastructure dès 2010, et une pénurie d'adresses IPv4 (d'une capacité de 4 milliards d'adresses) pourrait se faire ressentir en 2011.
Conséquence : Augmentation des congestions, files d'attentes accrues dans les routeurs et aiguilleurs du réseau, surcharge et échanges ralentis, effondrement local de réseaux, impossibilité de garantir la qualité des données reçues et leur instant de réception, ralentissement des connexions issues de l'internet mobile, ossification globale du web, impossibilité de regarder des vidéos hautes définition en temps réel, d'envisager la généralisation d'opérations chirurgicales à distance ou de se connecter en se déplaçant sans pertes de données. Le réseau mondial, qui fonctionne déjà aux limites de ses capacités, ne pourra plus grandir sur ses bases inadaptées.
2)
Faille BGP : Le 16 aout dernier, 2 chercheurs démontraient un piratage exploitant une faille des aiguilleurs du Net : il est possible pour les hackers d'intercepter des données, puis de les réémettre, éventuellement modifiées, à l'insu du destinataire.
Conséquence : Le trafic peut être espionné. Les pirates reprogramment des routeurs BGP du réseau. A leur insu, ces routeurs vont faire transiter les données par un mauvais chemin, où les hackers en embuscade ont tout le loisir pour détourner et espionner le trafic. Ils peuvent ensuite renvoyer le trafic à sa destination finale (internaute ou site web) sans que personne ne s'aperçoive de la supercherie.
3)
Faille DNS : La démonstration d'attaque, cet été, sur l'annuaire d'internet a montré qu'il est possible de créer un Web semblable à l'actuel, mais façonné pour nous escroquer. Pensé en 1983, soit 8 ans avant la naissance du Web et la déferlante d'usagers - et de hackers -, le DNS s'avère très peu sécurisé.
Conséquences : Les données peuvent être volées. Les pirates attaquent un serveur DNS, c'est à dire l'annuaire des adresses IP qui correspondent aux "www" utilisés par les internautes pour accéder aux multiples sites. Ils peuvent alors modifier l'adresse numérique d'une banque, par exemple. Lorsqu'un internaute va se connecter, il sera désormais dirigé vers un site "clone" où ses codes secrets seront volés.
4)
Contrefaçon : Parce qu'internet permet à chacun d'envoyer, à tout moment, n'importe quoi à n'importe qui, des hackers peuvent asphyxier des serveurs sous l'afflux de requêtes. Ou se livrer à de la contrefaçon, qui consiste à orienter les internautes vers un site contrefait.
Conséquence : Sécurité des sites e-commerce ou de paris en ligne gravement remis en cause. Mise hors service de sites gouvernementaux (banques, médias, gouvernement) possible. Cela est arrivé à l'Estonie en 2007, en Géorgie cet été et pourrait être responsable du Black-out de fevrier dernier en Floride.
5)
Nouvelle génération de virus : Les programmes des pirates du web visent désormais, non plus forcément à endommager les PC, mais à créer un accès ultra-discret vers un maximum d'entre eux pour récupérer leur puissance et l'exploiter à des fins malhonnêtes. Cela grâce à l'injection massive de nouveaux codes malicieux sur le net, estimé à 20 millions en 2008 par le fondateur de l'antivirus éponyme, soit 10 fois plus qu'en 2007. Un quart des ordinateurs connectés dans le monde aurait déjà été enrôlé par ces cyber-armées. Peut-être cité le dernier spécimen connu, "Storm Botnet", qui aurait réuni entre 15 et 50 millions de machines.
Conséquence : La puissance prélevée à chaque particulier permet la formation de supercalculateurs à distance, qui peuvent être mobilisés pour l'envoi massif de spams, l'escroquerie par hameçonnage (routage vers des numéros surfacturés), le craquage de codes secrets ou autres. Mais surtout, ce fléau produit actuellement 50 000 déni de service par jour. L'opération consiste à asphyxier le serveur d'un site ou d'un routeur, en le bombardant de requêtes d'apparence légitimes, en provenance des millions de machines illégalement exploitées. Assommé, un réseau s'effondre, un site devient inaccessible.
6)
Spam : Conçu alors que le réseau ne reliait que quelques universitaires (réseau ARPAnet), et basé sur la confiance des utilisateurs, l'Internet Protocol n'a prévu aucun système d'authentification. Chaque jour, 120 milliards de pourriels sont donc émis. Facile et pas cher : l'envoi d'un million de spam coûte moins de 30 dollars.
Conséquence : L'IP, responsable de l'acheminement des données aux bonnes adresses, est devenu facile à modifier. La triche sur l'identité de l'expéditeur des données est donc aujourd'hui un jeu d'enfant, augmentant la cyber-délinquance. 80 à 90% du volume de courriels échangé dans le monde est estimé être... du spam.
7)
Architecture du réseau dépassée : Un grand nombre de spécialistes et experts s'accordent à dire que l'architecture même du web n'est qu'une démo inachevée qui ne survit que grâce à des rustines, dont la quantité de lignes de code est devenue supérieure aux protocoles de base eux-même. Le puzzle des divers patchs et protocoles créés est aujourd'hui extrêmement complexe, et demande à sa compréhension, l'aide de nombreux experts. Pour l'optimiser davantage, il faut repenser ses fondements même.
Conséquence : Le "Clean slate" est de plus en plus sérieusement envisagé, soit la remise à zéro du système de fonctionnement du réseau mondial, actuellement basé sur l'Internet Protocol. Mais repenser les fondements d'Internet suggère de changer les réacteurs d'un avion en plein vol.
Quelles solutions adopter ?