"Mais dans le monde magique certains prétendent avoir plus de pouvoir que d'autres. Ce n'est donc plus égalitaire de ce point de vue."
C'est exact.
Mais ça ne dérange pas l'espèce humaine qu'il existe des supérieurs et des inférieurs, pour autant que ces inégalités soient innées. Nous avons besoin de chefs comme tous les animaux grégaires (loups, chevaux...).
Si les inégalités sont acquises, c'est plus difficile à admettre. Ainsi la possession matérielle ou le savoir déclenchent des réactions de convoitise ou de rejet, alors que la supériorité physique est admise naturellement, et qu'on s'y soumet sans trop de difficulté.
Alors oui, un monde magique est inégalitaire si certains humains sont plus magiques que d'autres. Mais ces inégalités sont acceptables, car elles ne sont pas choisies par l'individu, ne résultent pas d'efforts. Parallèlement, elles ne créent que deux catégories d'individus, les magiques et les autres, et parmi ces autres, l'égalité est parfaite. Le troupeau.
Par contre, les différences en terme de savoir sont innombrables, elles ne permettent pas à l'individu de se situer dans le troupeau sinon comme étant vaguement plus -ou moins- ignorant que ses voisins. La hiérarchisation sur cette base est impossible. Un savoir supplémentaire chez l'un d'entre nous laisse penser qu'il résulte d'une volonté délibérée de domination, d'élévation illégitime au-dessus du troupeau. La réaction "Pour qui il se prend celui-là ?" est caractéristique par rapport à celui qui en sait plus, alors qu'elle ne se manifeste pas pour qui est plus fort physiquement.
Plus généralement, la vision d'un monde magique est réconfortante car déresponsabilisante. Si tout est le fruit de forces surnaturelles et incompréhensibles, alors l'homme n'a aucun rôle à jouer qu'à se laisser faire.
C'est ce qui distingue la pensée magique pure et les religions animistes et païennes dont elles sont cousines, des religions révélées, qui responsabilisent l'homme et dans ce sens, lui ont fait accomplir de notables progrès sur des plans précis. (Inutile de se demander où en seraient les Droits de l'Homme dans une société entièrement magique);
Un monde magique - je rejoins Coltrane - est rassurant paradoxalement, mais ce paradoxe n'en est un que pour ceux qui n'ont pas une vision magique du monde ! D'ailleurs, les tenants de la pensée magique sont des gens souvent épanouis, pour autant que je puisse en juger sur ceux que je vois et entends. Ils se posent peu de questions, acceptent tout comme normal, n'ont pas d'étonnement, ne cherchent pas à comprendre, et ont peut-être moins d'aggressivité -celle-ci est inutile dans un monde où tout effort pour s'élever, prendre la place de l'autre, est voué à l'échec, et où l'avenir est imprévisible.
En ce sens, l'astrologie ne relève pas de la pensée magique, ni même de l'irrationnel, mais de la tradition, ce qui est différent.
La pensée magique est l'expression purement humaine de l'intinct grégaire de notre espèce. Selon moi, les religions révélées ont représenté un progrès en ceci qu'elles ont donné un sens au monde. Cependant, elles ne se sont pas débarrassées de la pensée margique, des restes de paganisme etc. contre lequel elles ont lutté.
La pensée scientifique ne remplace pas mais s'ajoute aux précédentes. D'apparition récente, elle est vraiment le propre de l'homme, beaucoup plus que le rire, mais moins que l'impôt sur le revenu.
Ludwig
contribuable.