En même temps Juju, tu as raison de parler de cela.
L'obsession de la pureté est là. Le couple licite/illicite fonctionne avec l'attelage pur/impur. Qu'est-ce qui est pur? Ou impur? Qui l'est? Qui ne l'est pas? Quel individu décide de tout cela? Autorisé ou légitimé par qui et quoi? Le pur désigne le "sans mélange". Le contraire de l'alliage.
Du coté du pur : l'Un, Dieu, le Paradis, l'Idée, l'Esprit.
En face, l'impur : le Divers, le Monde, le Multiple, le Corps, la Chair.
Les 3 monothéismes partagent partagent cette vision du monde et jettent le discrédit sur la matérialité du monde.
Pour certaines choses, les diktats religieux sont de bon sens : trouver impurs un cadavre, une charogne, des écoulements de substances corporelles, la lèpre etc.
Ne pas aller au-devant du mal est le premier des biens.
Mais pour dautres impuretés, l'argument prophylactique ne tient pas.
Chez les musulmans (ou du moins les plus encrés), une femme qui a ses menstruations est dans une période impure et doit appliquer certaines règles spécifiques à l'occasion :
Redoubler d'ablutions avant la lecture du coran ou la prière. Les menstrues sont le signe de son impureté. Une femme qui a ses règles doit se séparer de son mari toute une semaine, dormir à côté, sur un autre lit, par terre, et tout contact entre les conjoints est formellement interdit (on comprend mieux la bigamie des uns, la quadrigamie des autres).
C'est cela la pureté. Et donc une musulmane qui refuse de toucher, voire d'effleurer la main d'un homme, ne veut pas lui faire courir le risque d'être contaminé par son éventuelle impureté menstruelle.
Que risque-t-on à cotoyer une femme ayant ses règles? Ou une autre qui vient d'accoucher? Toutes les deux impures. Sauf à supposer que dans ces deux cas, la femme n'est pas féconde et donc, sujète à disposer librement de son corps et de sa secualité sans risquer la grossesse (un état ontologiquement inacceptable pour les rabbins, tenants de l'idéal ascétique et de l'expansion démographique...)
Cette fixation sur la pureté... Globalement le corps est impur du simple fait d'être. D'où une obsession à le purifier en permanence par des soins particuliers : circoncision, interdiction d'ingérer des aliments non rituelement préparés, de manger du porc ou de boire de l'alcool.
On peut justifier tout cela de manière rationnelle : prophylaxie, hygiène, propreté, sans qu'on sache pourquoi le porc plutôt que le chameau... La condamnation de l'alcool peut se raporter au fait que les régions chaudes paraissent propices au farniente, au repos et à l'hydratation intempérante.
Mais pourquoi ne pas se contenter d'une pratiquer laïque? Quel besoin de transformer ces préventions de bon sens légitime en occasion de règles strictes, de lois inflexibles, puis de soumettre le salut ou la damnation éternelle à l'observance de ces diktats? Qu'il faille de la propreté dans les toilettes, nul ne le conteste, mais que des hadiths prescrivent dans le détail les modalités du nettoyage anal : pas moins de trois pierres, pas de recours aux déchets (!) ni aux ossements (!); ne pas diriger le jet d'urine en direction de La Mecque.
Celles de l'état de pureté avant la prière : ne pas avoir émis de liquide prostatique, de gaz, d'urines, de fèces, de menstrues bien sûr, mais aussi, cause de rupture du lien avec l'islam, ne pas avoir eu de relations sexuelles pendant les règles de sa compagne, ni de rapport anal (là encore pour cause de sexe dissocié de la procréation...) On voit mal la liaison rationnelle et raisonnable.
Qui parmi les âmes simples, peut vouloir aimer une chair terrestre peccamineuse quand l'espoir d'un anticorps paradisiaque se présente comme une certitude admirable à tout croyant qui se plie aux logiques licite/illicite selon le principe pur/impur? Qui donc?