Salut Tofu,
Je n'ai pas de réponse véritable. J'imagine que les animaux ont des facultés sensorielles plus aiguisées que les nôtres, comme l'odorat ou l'ouïe. Tout cela est bien mystérieux.
______________
Bonjour Ptitbout,
Mon propos n'est pas de dénigrer ton expérience. J'ai bien compris que tu avais la conviction sincère qu'il s'était réellement passé quelque chose. Cependant, à partir du moment où tu identifies les phénomènes comme liés à un fantôme, tu commences à les interpréter dans un sens unique.
Comme le phénomène est, selon ton témoignage, à distance, je me permets de te soumettre d'autres interprétations possibles. Je te demandes simplement d'y réfléchir...
Tu dis :
je raconte ce que j'ai vécu c'est tout
Mais il est évident que tu relates des évènements auxquels tu n'as pas participé, et qui sont le récit fait par d'autres de leur propre expérience. La preuve :
quant à moi, j'ignorais complètement son existence jusqu'à cette nuit, même si j'avais senti sa présence auparavant.
De quelle nuit s'agit-il ? Je suppose que tu parles de celle ci :
dans la nuit je fus réveillée par le bruit d'une respiration (...)
.....................................................
Alors voici mon analyse de ton récit :
1 - La chronologie des évènements est respectée, ce qui démontre la reconstruction à posteriori, puisque le narrateur n'a un vécu authentique que parcellaire. Il ne s'agit donc pas du récit du témoin, mais du récit du récit des différents protagonistes.
2 - Le contexte est celui d'un déménagement. Le témoin prétend que c'est un moment heureux. Pas pour tout le monde, ou pas tout le temps, comme on le verra par la suite. Où apparaît déjà la différence entre émotions "superficielles", sociales, et émotions "profondes", intimes.
De plus, il s'avère que ce prétendu bonheur est en réalité anxiogène ou le devient rapidement : "
mes petites soeurs et moi n'osions pas monter à l'étage seules, on se sentait suivies, observées... et c'était la corvées de devoir y aller alors on demandait toujours à l'une des deux autres de nous accompagner.", à mettre en relation avec "
à notre arrivée dans cette maison nous étions heureux"
3 - Le témoin est honnête dans son récit dès qu'il s'agit de lui : "
pour me rassurer, au cas où un voleur serait là". On note que le phénomène tel qu'il le perçoit à ce moment n'est rien d'autre qu'une anxiété face à un lieu inconnu, et qu'il tente de nommer sa peur en identifiant un éventuel intrus.
4 - On observe que le père est le premier véritablement incommodé, et qu'il communique son angoisse à son épouse. Il s'agit de phénomènes synesthésiques, récurrents.
La résolution provisoire du problème, dans le récit, témoigne d'une reconstitution à posteriori : "
ma mère lui a demandé d'arrêter de vouloir l'effrayer et ils n'ont plus porté attention à ce détail". Propos qui visent à démontrer que le rationalisme a repris de dessus, et que le couple procède au refoulement de leurs émotions. On comprend cependant que cela risque d'être inefficace. D'autant plus que la tentative de rationalisation ne fait que contribuer, dans le récit, à valider la théorie du phénomène extérieur (extérieur à l'angoisse du père) : "
pourtant mon père est un homme rationnel qui ne croit pas en ce genre de choses." - Quel genre de choses ?
La suite démontrera au contraire son adhésion sans faille à l'interprétation du fantôme.
5 - L'angoisse du père monte. Il est confronté en plein jour à un phénomène de déplacements inexplicables d'objets. Le phénomène est visuel. Le fait que cela se déroule en plein jour est une transgression majeure, dans l'esprit des parents, de quelque règle implicite liée aux phénomènes paranormaux. Cependant, la mère opte pour une attitude dédramatisante et normalisante. Le père est donc "fou". Il est seul à le savoir, puisque pour sa femme, il s'agit d'une bonne blague. Seule issue à la folie : La réalité des phénomènes... On comprend que la conviction ne peut qu'en sortir renforcée.
6 - C'est au tour de la mère de vivre un épisode étrange, dont le réalisme est accentué par l'attitude normalisante du père, alors qu'il était jusqu'à présent à l'origine de l'angoisse. Il s'agit d'un phénomène auditif. On remarque le basculement, cette fois, c'est la mère qui est "folle" si le phénomène n'est pas réel.
7 - L'angoisse monte entre les deux parents. Ils éprouvent alors simultanément des phénomènes auditifs : "
les bruits se manifestèrent quand ils étaient 2. ils entendaient courir à l'étage alors que nous étions à l'école, ils percevaient des chuchotements.... Le témoin présente cela comme un épisode inaugural dans une montée progressive des phénomènes, ce que l'on appelle la "contagion".
A partir de là, c'est la mère qui devient la victime de phénomènes divers, tous sensoriels (auditifs et synesthésiques), nocturnes, qui semblent impliquer (pour elle) les enfants. On peut donc logiquement en conclure que la contamination ne saurait tarder à leur parvenir.
8 - Ils font appel à une aide extérieure. On remarque qu'il s'agit d'un magnétiseur, et non pas d'un médecin. Le choix du phénomène extérieur est déjà patent - depuis le début, en fait. Celui-ci plutôt que de chercher à les aider, les conforte dans le sentiment de réalité des phénomènes. La preuve photographique arrive sous la forme d'ombres non perçues visuellement par le photographe.
Question : Où sont ces preuves ?
Toujours est-il que ce magnétiseur, sans même se déplacer, propose l'interprétation du fantôme. A partir de là, on peut dire que l'angoisse devient peur. La solution est, selon lui, de faire intervenir un prêtre. Lequel ? Est-ce lui qui leur donne les coordonnées du prêtre ? On l'ignore.
Cependant, ce dernier ne fait que renforcer la peur, pire, il s'y soumet (ou feint de s'y soumettre). Dans l'échelle de la peur, on est donc au delà de celle codifiée par le film "l'exorciste", puisque
même l'église capitule devant le monstre qui hante les lieux.
Le magnétiseur en question franchit alors un pas supplémentaire dans la non assistance à personnes en danger, en affirmant que sa propre création (le fantôme du mari de la propriétaire)
va maintenant s'attaquer aux enfants !!!!!!!
Commentaire : soit le récit est largement fantasmatique, soit cette famille est tombée sur des malades mentaux ou des es(-)crocs** sans scrupule. Question : Combien leur a coûté l'intervention de ces tristes sires ?
9 - La contamination des enfants commence : "
je me souviens maintenant des questions de ma mère tous le matins: "vous avez bien dormi?" "vous avez fait des cauchemars?" " vous vous êtes réveillées?"
10 - Première expérience traumatisante du témoin, qui témoigne de la réussite du phénomène de contamination : "
soudain mon sang se glace! ma soeur n'est pas là!!! alors qui respire à coté de moi??? je n'ose pas bouger, je respire à peine et je ferme les yeux pour faire semblant de dormir" Le vécu de cette expérience est d'un tel réalisme, il est tellement en concordance avec l'
ambiance, que toute tentative d'explication rationnelle s'effondre.
11 - Le témoin tente encore de rationaliser, toujours pour valider l'hypothèse du fantôme : "
mais comment dire à son enfant que la légende des fantômes est la réalité?, alors même que tout démontre que l'ambiance familiale est extrêmement dégradée, et que loin de protéger leurs enfants, les parents les ont contaminé (aucun jugement de valeur ici, ptitbout, il s'agit simplement de la description d'un mécanisme), comme en atteste ce détail : "
je pousse la porte de la chambre de mes parents alors que je ne le fais jamais, je sais que c'est interdit. mais elle est bloquée. mes parents avaient mis des choses derrière.". Les parents
se barricadent dans leur chambre ?
12 - Description par le témoin d'un mécanisme de
double lien* : Sa mère lui fait promettre de ne pas révéler l'existence du fantôme à ses soeurs. Or, on se souvient que c'est la mère qui communique - dans le récit du témoin - son angoisse à ses enfants.
13 - Dans le récit apparaissent des objets pourvus de vertus magiques thérapeutiques, confiées par le prêtre du début. Il semble donc que tout un pan de l'histoire soit obscure pour le témoin, en particulier celui des relations des parents au magnétiseur et au prêtre. Quelle est la part de ces derniers dans la terreur familiale ?
Conclusion : A quoi se résume la perception des phénomènes par le témoin ?
- Un épisode de terreur nocturne. Point.
Qui est à posteriori relié à l'histoire phénoménale des parents, et qui éclaire différemment les premières perceptions d'inquiétudes, lors de l'emménagement dans des locaux pas encore familiers (inquiétudes certes liées à l'angoisse, mais que tout le monde peut expérimenter sans qu'il soit nécessaire de faire appel à l'interprétation fantômatique)
- Tout le reste n'est que le récit secondaire au récit des parents, baigné dans l'ambiance de peur et de magie (les amulettes) qui caractérisait la famille à cette époque.
_________________________________________________________________
*double lien :
Le double lien est, dans son expression pathologique : affirmer quelque chose à l'Enfant, aussitôt contredit dans le geste ou par un ton inadéquat. L'Enfant est mis dans l'impossibilité de sortir de ce processus. Soit il croit ce qu'on lui dit, en niant ses perceptions et en se coupant de la réalité. Soit il croit ses perceptions et il se coupe alors de la relation avec l'Adulte.
Il peut également s'agir de donner des ordres absurdes et impossibles à exécuter. En résumé caricatural: "
je te donne l'ordre de me désobéir, sinon..."
Le double lien amène l'enfant à une logique circulaire insupportable.
On parle beaucoup du double-lien dans la schizophrénie, mais en fait, il s'agit d'un mécanisme assez commun, qui répond toujours à une angoisse. En général, les personnes souffrant d'addiction décrivent très bien la logique circulaire liée à cette dichotomie entre perception et interprétation du réel : "
Je bois parce que je suis malheureux - Je suis malheureux parce que je bois"
_______________________________________________________________
Edit : ** je suis contraint de modifier ce texte, sinon es(-)crocs devient escrocs.
[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 05-05-2006 13:03 ]