Bonjour NG,
Ce que tu écris n'est pas tout à fait exact. L'achromatopsie est une déficience congénitale de la perception des couleurs. Cela n'a rien à voir avec les rêves.
Une école affirme, depuis peu, que tous les rêves sont en couleurs, avec des dominantes en fonction de l'humeur. Toutefois, cette explication est contestée. L'un des arguments, par exemple, est que la vision ordinaire étant polychrome, une transposition monochrome demande au cerveau un effort supplémentaire.
Il semble que cette affirmation soit fausse. Chez le très jeune enfant, la vision est primitivement monochrome, et c'est avec la maturation du cerveau que la perception des couleurs se développe. La perception des couleurs évolue tout au long de notre vie et est, de plus, très variable en fonction des conditions lumineuses. C'est encore la théorie tri-chromatique de Young qui fait autorité. Or, cette loi comporte quelques lacunes, en particulier relatives à la perception des noirs et des blancs, c'est d'ailleurs pourquoi, en imprimerie, on rajoute une couleur, le noir, sur un support blanc.
Il faut admettre que la perception des couleurs est liée à la lumière, ainsi qu'à la température. En conditions de lumière ou de température critique, la vision se rapproche d'une perception mono-chromique.
Pour générer des couleurs, il faut donc que le cerveau gère simultanément des paramètres lumineux et thermiques. Les ondes qu'il émet dans ce cas sont très différentes de celles mesurées à l'EEG, lors des phases de sommeil paradoxal.
Il y aurait déconnexion, au cours du sommeil paradoxal, entre l'activité électrique des parties du cerveau gérant la perception des couleurs, et l'activité liée au rêve. Certes, on observe à l'EEG une activité électrique comparable à celle d'un sujet en état de veille, mais cette activité n'est pas associée de façon cohérente. On pourra ainsi avoir une activité importante en V1, et pas en V2 et V3, alors quelles sont toujours, selon Michel Jouvet, co-réactives en état de veille.
On pense que les mouvements oculaires rapides (REM) observés lors du sommeil paradoxal provoquent, par frottement et donc échauffement, une perception des couleurs particulière, la thermochromie. Ce n'est qu'un théorie, mais on peut vérifier le phénomène en se frottant les yeux (paupières fermées, of course) puis en "observant", les yeux toujours fermés, la succession de taches lumineuses et colorées qui apparaissent alors dans une vision très particulière).
Cependant, les variations de températures ont une fonction qui va bien au delà de la perception des couleurs. Elles seraient même à l'origine de cette singularité des animaux à sang chaud qu'est le sommeil paradoxal. Les expériences sur le lien entre rêve (ou sommeil paradoxal) et température montrent que l'apparition de ce dernier est directement lié aux variations thermiques. A 37°, l'équilibre entre sommeil paradoxal et sommeil lent est d'environ 1/4 - 3/4. En hypothermie centrale, le rapport tend à s'inverser.
Autre lien intéressant, celui entre affect, émotions, et température. Le stress, par exemple, provoque des fluctuation importante des températures centrales et périphériques (d'où les mains moites etc.). Or, il se trouve que le stress augmente également sensiblement la durée du sommeil paradoxal. A l'inverse, un état fiévreux réduit le temps de SP et peut même potentialiser le rêve "hallucinatoire" au cours de la veille ou du sommeil lent.
Il existe donc bien un lien entre émotions, température, et couleurs dans les rêves. C'est ce qui fait dire à certains que des dominantes mono-chromiques sont observées dans les rêves en fonction de la température ou du stress.
D'autre part, la vision et la perception des couleurs sont deux phénomènes différents, gérés dans des régions corticales différentes, situées dans ce qu'on appelle le cortex visio-associatif. V1 est le siège de la perception des formes, V2 des couleurs, et V3 du mouvement. V4 et V5 comparent les informations de chaque oeil et donnent des indications de relief, de distance. Ils comparent également l'image provisoire avec la mémoire interprétative.
On sait que lors de la phase de sommeil paradoxal, le cerveau fonctionne de manière "anarchique". Il est hyperactif, sauf sur le plan psychomoteur, car il y a (heureusement) déconnexion avec le centre de coordination motrice. Phénomène également observé à l'EEG, et nommé PPGO. A l'exception des yeux, admet-on généralement. On a d'ailleurs constaté une activité électrique cohérente de V1 et V3 en rapport avec des REM verticaux alors que le sujet prétendait avoir rêvé qu'il montait des escaliers... On en est encore au stade expérimental. Le point intéressant, c'est que V2 était désynchronisé au même moment.
Cependant, les travaux de Shapiro, bien que non validés, laissent penser que ces mouvements oculaires n'ont pas de fonction visuelle dans le sommeil paradoxal. On pense même qu'ils pourraient avoir une fonction de restructuration de la mémoire en activant alternativement, très rapidement, les hémisphères gauche et droit du cerveau. Il est possible, si cette théorie se confirme, qu'elle explique en partie des thérapies connues, comme l'hypnose, la chroma-thérapie ou la désensibilisation lumineuse.
Toujours est-il que le cerveau ne gère pas si facilement que cela, pendant les rêves, des informations de couleur, de forme, de relief et de mouvement. Nombreuses sont les personnes qui se souviennent parfaitement avoir fait des rêves en noir et blanc, et même en deux dimensions.
Car dans le même temps, les centres nerveux responsables, dans le cas qui nous intéresse, des couleurs, peuvent très bien participer à d'autres tâches associatives dont nous ignorons encore presque tout. Encore peu d'expériences sont actuellement opposables et réfutables, ce qui fait que la compréhension des mécanismes du rêve est avant tout clinique.
D'autre part, certains chercheurs construisent leur théorie en opposition avec celle de Freud. Une démarche qui me semble assez peu intéressante - il y a belle lurette qu'on a compris les limites de la théorie Freudienne dans ce domaine - surtout lorsque cela amène a affirmer des contre-vérités, comme, par exemple, que les hypnotiques, qui réduisent la durée et la qualité du sommeil paradoxal, n'affectent pas la mémoire...
Compliqué, tout ça...
[ Ce message a été modifié par : : Adriatika le 07-12-2006 21:56 ]