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Comment Matrix peut être un support de réflexion :

Le 30-01-2007 à 14:39 #

Bonjour zounours,

Je te suit à 100% ! Tu es allé bien plus loin que moi dans ta réflexion, je n'ai pas grand chose à ajouté. Sans doute parceque je n'ai jamais disserté sur ce film, et peux être parceque ma culture en rhétorique ne suivrait pas non plus ^^ . "Matrix" halala c'est une grande histoire d'amour. Je pense aussi qu'outre les effets spéciaux sublimes, il y a un vrai concept très intéressant quand on a compris le film dans sa totalité (ce qui n'es pas le cas de tout le monde). Il soulève en effet un tas de questions existencielles, une contre-utopie dans toute sa splendeur!
Je ne sais pas si tout le monde a lu ta réflexion en entié mais je l'éspère.
Merci zounours pour ton commentaire auqel j'adhère entièrement!
Vivement la suite!




30 ans.

Le 30-01-2007 à 16:48 #

Salut ZouNours,

C'est vrai que c'est long, mais franchement tres interessant. En effet j'avais constate aussi les aspects philosophiques de cette trilogie mais certainement pas jusqu'a ce point Merci pour ton point de vu...
Je dois dire que je le partage assez sur toute la symbolique que peuvent representer ces films...
et je te rejoinds sur le fait que la matrice est le reflet de notre societe ou l'etre humain n'est plus qu'un moyen de production et de consommation ou la reflexion individuelle et la liberte se reduise a ce que les sytemes de pensees regides veulent bien nous donner...

J'attends la suite de ton raisonnement avec impatience... par contre si ca pouvait etre un peu moins lomg On a le temps, pas tout tout de suite lol

++


Le 30-01-2007 à 17:04 #


30-01-2007 à 14:39, Neilime :
Bonjour zounours,

Je te suit à 100% ! Tu es allé bien plus loin que moi dans ta réflexion, je n'ai pas grand chose à ajouté. Sans doute parceque je n'ai jamais disserté sur ce film, et peux être parceque ma culture en rhétorique ne suivrait pas non plus ^^ . "Matrix" halala c'est une grande histoire d'amour. Je pense aussi qu'outre les effets spéciaux sublimes, il y a un vrai concept très intéressant quand on a compris le film dans sa totalité (ce qui n'es pas le cas de tout le monde). Il soulève en effet un tas de questions existencielles, une contre-utopie dans toute sa splendeur!
Je ne sais pas si tout le monde a lu ta réflexion en entié mais je l'éspère.
Merci zounours pour ton commentaire auqel j'adhère entièrement!
Vivement la suite!



A++

Le 31-01-2007 à 10:26 #

Matrix est loin d'etre un simple film Hollywoodien
Les frères Wachowski n'ont rien fait au hasard.
Un coup de pouce>>>>>>>>> wake up neo!


Le  1-02-2007 à 21:48 #

La seule chose dont on est sûr, c’est que rien n’est jamais sûr. Cette idée remonte, d’une certaine façon, à Socrate, lequel est fameux pour avoir dit qu’il ignorait ce qu’était la vertu, que personne, sans doute, ne le savait. Quelque part, il dit : « Peut-être que Dieu seul le sait. »

La sagesse socratique est de savoir qu’on ne sait pas, et de connaître la limite des choses. La connaissance des limites de notre savoir semble être fondamentale pour commencer à remédier à cette condition.

«Morpheus : Tu es ici parce que tu as un savoir. Un savoir que tu ne t’expliques pas, mais qui t’habite. (…) tu sais que le monde ne tourne pas sans vraiment savoir pourquoi mais tu le sais. Comme un implant dans ton esprit, de quoi te rendre malade. C’est ce savoir qui t’a amené jusqu’ici.»

Matrix réussit à captiver le spectateur de la même façon que « l’Allégorie de la Grotte » captive le lecteur. L’allégorie de la grotte apparaît dans la République de Platon. Il y a des prisonniers qui ont été enchaînés dès leur enfance dans un même endroit sombre, dans une caverne souterraine. Tout ce qu’ils voient c’est le mur intérieur d’une grotte sur lequel un feu, derrière eux, projette des ombres. Ces prisonniers ne savent pas qu’ils sont prisonniers. Car c’est la seule réalité qu’ils aient jamais connue. Ce niveau de réalité, Platon et son mentor Socrate le comparent au niveau de réalité minimum.

La vie que vous avez menée n’est pas la totalité de ce qui vous est possible. Si vous pouviez vous défaire de ces liens que vous ne pouvez voir, vous pourriez alors voir le monde tel qu’il est vraiment. De la même manière, nous avons la situation de Neo : Morpheus et Trinity contacte Neo et l’amènent à faire le choix de se libérer de ses chaînes en l’occurrence : d’être débranché.

La métaphysique est la branche de la philosophie qui pose la question :

« Morpheus : Qu’est-ce que le réel ? Comment définis-tu le réel ? Si tu fais allusion au toucher, au goût, à l’odorat, et la vue, alors le réel n’est qu’un signal électrique interprété par ton cerveau. »

Ces questions jetant le doute sur notre savoir sont le premier pas vers la destruction de ce savoir pour le réduire à ses fondations et le reconstruire à nouveau.

René Descartes était un génie de la Renaissance, il avait une théorie sur tout. La philosophie n’était qu’une partie de son programme. Il voulait ramener toute chose à ses fondations. Lorsqu’il appliquait ce doute méthodique, il ne pouvait douter d’une chose : Je pense, donc je suis. C’est à dire moi, penseur, Res Cognitans, je suis un être pensant. Son idée de base, selon laquelle nous n’avons accès qu’au contenu de notre propre esprit, pose le problème du monde externe.

« Morpheus : La matrice est universelle, elle est omniprésente. Elle est là, en ce moment même, tu peux la voir de ta fenêtre, quand tu regardes la télévision ; tu peux la sentir quand tu pars travailler, quand tu vas à l’église ou quand tu paies tes factures. »

Selon Descartes, aucune caractéristique générale ne peut être utilisée dans un rêve pour être certain qu’on rêve. Il a soulevé la question du malin génie : Comment savoir qu’il n’y a pas un malin génie qui vous fait croire à un monde de gens, de tables, de chaises et d’objets, alors qu’en fait, rien de ça n’existe ?

Matrix fait aussi référence à George Berkeley. C’était un évêque anglican du 18ème siècle, en Irlande. Il est arrivé juste après Newton. Il était très préoccupé par les effets de la théorie de Newton car il avait compris que si l’on suivait l’idéologie de Newton, on n’avait pas besoin de Dieu, ni de la spiritualité ou de l’âme. On n’a besoin de rien d’autre que : Que peut-on décrire en équations ?

Ca l’embarrassait beaucoup car il avait besoin de sentir une présence divine dans le monde. Berkeley avait la solution la plus radicale qui était de nier l’existence d’un monde extérieur à nos idées. La réalité n’est rien d’autre que l’idée qu’on s’en fait.

Il a dit : « On a une conception outrancière de la réalité. Voici ce qu’est la réalité. La réalité c’est l’apparence. Exister c’est être perçu. Donc la réalité n’existe que dans nos expériences subjectives. »

Nous nous percevons comme des sujets qui dominent les objets. Les sujets sont ces êtres autosuffisants et les objets sont ces choses qu’ils dominent et contrôlent et qu’ils objectivent. Cette idée du sujet autonome est une invention de Descartes et ce terme est une invention de Descartes. Il invente alors la modernité. Il faudra attendre Kant pour venir la finir.

Kant était préoccupé par la question : Comment savoir ce que sont les choses intrinsèquement ? L’apparence est-elle une réflexion acceptable de la réalité ?

Il est connu pour avoir conclu que nous en savons bien peu sur ce qu’est la réalité intrinsèquement. Son idée était qu’en fait, l’esprit a des structures qui imposent une structure au monde et créent un encerclement du monde. De ce fait, nous ne percevons pas un monde préconçu car les structures de l’esprit mettent en avant des phénomènes créés autant par l’esprit que par n’importe quoi se trouvant là.

Quand on s’assoit à une table on la touche, on la voit et on a ces phénomènes, ces expériences conscientes de couleur, de forme, de pression tactile. Mais ces phénomènes ne sont pas les causes ultimes. Kant était convaincu qu’il y avait quelque chose de plus, une idée acceptable puisque nous ne contrôlons pas nos phénomènes.

Si je regarde le ciel, je ne peux le changer de bleu en rose. Quelque chose, « là-haut », génère ces perceptions des sens, ces phénomènes et nous les donne. Une façon de résumer Kant, c’est qu’il a maintenu que le monde était le produit d’une matrice. Les structures de l’esprit mettent en avant le monde.

« Après que Neo soit tombé du toit dans le premier Opus :
Neo : Je croyais que ce n’était pas réel.
Morpheus : Ton esprit croit que ça l’est. »

Nietzsche bien sûr, est toujours dans l’ombre de Matrix. « Dieu est mort, l’amour et nous aussi. Comment se résigner aux nouvelles conceptions de l’amour après avoir franchi le Rubicon, quand on sait que ce n’est pas une question d’obéir à une autorité, mais de se créer soi-même de par nos choix et nos décisions.

Il vous faut sortir du troupeau. L’homme surpassera l’homme en ‘Ubermensch’, un surhomme. Dieu est devenu homme pour que l’homme puisse devenir Dieu.

« Morpheus : On n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait. »

Je partage avec Nietzsche l’idée que le meilleur de nous-mêmes se manifeste inconsciemment, ce qui paraît bizarre, mais les athlètes en action, au meilleur de leur performance, disent ensuite qu’ils n’étaient pas conscients de ce qu’ils faisaient. Les plus grands joueurs d’échecs disent la même chose. Leur bras déplace une pièce avant même qu’ils en aient conscience ou qu’ils réalisent ce qui se passe.

Dans la philosophie de Nietzsche, il y a un monde rempli de gens qui sont emprisonnés par leurs contraintes. Ils sont nés dans des systèmes d’évaluation où il y a le bien et le mal, ils doivent faire ceci ou cela. Ce qui définit un surhomme, c’est qu’il rejette toutes ces contraintes, il ne présente aucun défaut, il voit à travers eux et décide d’utiliser sa propre volonté pour faire ce qu’il veut.

Matrix parle de la mentalité du troupeau. Tout le monde a une hallucination collective et pense la même chose, ce qui est un cauchemar pour quiconque veut se réveiller. Ce serait un cauchemar pour Nietzsche.

Le désert du Réel

Selon les philosophes continentaux, on est dans un état postmoderne. Une condition dans laquelle la réalité a pratiquement disparue et l’une des choses intéressantes, a propos de Baudrillard, est que si vous le prenez au sérieux, il semble croire que la réalité a disparu. Les postmodernes se plaisent à penser que leur travail est radicalement différent de ce qui a été fait avant, mais au final ce n’est juste qu’une extrapolation de ce qu’on trouve chez Kant : l’idée que le monde est, d’une façon ou d’une autre, une construction de ce qui se passe dans mon esprit.

C’est vraiment frappant que ce soit l’un des rares films qui montre l’œuvre d’un vrai philosophe dans le contexte du film. Donc Simulacre et Simulation de Baudrillard apparaît au début du premier Matrix. C’est dans ce livre que Neo met son logiciel de contrebande. A la page 1 de ce livre, Baudrillard commente une fable de Borges dans laquelle des cartographes d’un empire créent une carte qui coïncide si parfaitement avec la géographie qu’elle touche en tout point la réalité géographique.

Ce qui est vraiment intéressant, c’est que pour Baudrillard, la carte est ce qui est important. La carte a la primauté pour nous. La carte est un simulacre qui, en tant que modèle, perd toute référence à la réalité. Dans la fable de Baudrillard, la réalité n’existe qu’en lambeaux pourris, attachés à la carte. C’est l’état de notre époque selon lui : le fait que le modèle lui-même a la primauté pour nous. Le réel n’est plus pertinent, s’il n’est pas indéfinissable et ne demeure que comme vestige. Il a inventé l’expression « Le désert du Réel » pour décrire l’état de notre époque.

Dans le cas de Cypher, le film montre clairement que la vie des gens dans la Matrice est agréable, heureuse et plaisante.

« Cypher : Je sais que ce steak n’existe pas. Que si je le met dans ma bouche, c’est la matrice qui va me dire qu’il est saignant et délicieux. Vous savez ce que j’ai compris : Les ignorants sont bénis. »

Mais toutes leurs croyances sont fausses : ils sont heureux, bien qu’ils ne sachent rien.

Cypher passe un marché pour être branché sur un réglage paradisiaque. C’est une métaphore de ce qui nous maintient endormis. On veut la sécurité illusoire d’être endormi, en croyant être éveillé, on veut être engourdi. Ceci ramène à une fameuse pensée philosophique. Le philosophe Robert Nozick a imaginé une « machine à expérience ». Il a dit : imaginez cette machine de simulation qui permet de faire n’importe quelle expérience, sans engagement. Branchez-vous, vivez votre rêve sans même savoir que vous êtes branché.

Nozick dit : Beaucoup ne se brancheraient pas. Il n’y a pas que le plaisir, on veut être en prise avec la réalité d’une façon logiquement primitive. C’est l’un de nos problèmes fondamentaux : non seulement de vivre heureux, mais de vivre une vie réelle.qui soit en phase avec la vérité.

« Morpheus : Crois-tu au destin Neo ?
Neo : Non
Morpheus : Pourquoi ?
Neo : J’aime savoir que j’ai le contrôle de ma vie »

En philosophie, l’une des grandes questions est la nature du libre arbitre. On pense tous avoir son libre arbitre, mais dès qu’on commence à se demander ce qu’est le libre arbitre, il apparaît possible qu’il n’existe pas. Nous n’avons peut-être aucun libre arbitre. Si le savoir de l’Oracle reflétait réellement la façon unique dont le futur va se dérouler, dans ce cas Neo n’est ni libre ni responsable de ses actions, il avance sur un chemin qui a été déterminé et enclenché par quelque chose indépendamment de lui. Même si les gens du film sont libres, contrôlent-ils leur destinée ?

Le 1er film traite de cela de façon intéressante. Il y a ces prédictions de l’Oracle, qui suggèrent une sorte de fatalisme ou qui suggèrent que tout est peut-être déjà écrit.


Voilà pour le premier opus, en gros.


[ Ce message a été modifié par : : zOUnOUrs le 01-02-2007 21:49 ]

Le  2-02-2007 à 15:24 #

Bravo et encore merci pour cette performance d'anlyse. J'ai pensé intéressant de mettre un sondage en "annexe" de ton texte. J'éspère que les gens vont y répondre.
Y'a une suite ?

Le  2-02-2007 à 16:22 #

Y en aura encore 2 je pense. Ca c'était le global et le premier opus.

Merci pour cet enthousiasme

[ Ce message a été modifié par : : zOUnOUrs le 02-02-2007 16:22 ]



27 ans.

Le  3-02-2007 à 23:50 #

Je vais peut-être me faire des ennemis, mais je n'ai pas aimé ce film. Peut-être parce que j'aime plutôt les films avec de vrais acteurs, crédibles, émotifs. Là on se trouve face à un film où la psychologie des personnages tient sur un ticket de métro.
Je ne vais par contre pas dénigrer la pensée du film, elle existe depuis très longtemps : autant on peut lui trouver des origines dans l'Antiquité (Platon, Lao-Tseu, etc.), autant le monde actuel est une source d'inspiration inépuisable, principalement depuis l'ère de l'Information. Mais je la trouve tellement mal interprétée et expliquée aux gens comme à des crétins qui n'auraient jamais réfléchi un peu.
Certes ce film a apporté de nouvelles techniques cinématographiques et développé une pensée respectable, mais à défaut du scénario. On a parfois l'impression d'être face à un Néo dépourvu d'humanité, peu convaincant, mêlé à une discussion chargée de philosophie de fin de repas.
Cependant, félicitations pour ton analyse zOUnOUrs, tu as apparemment réussi à faire abstraction de la mise en scène et des piètres performances d'acteurs en mettant en avant la philosophie originelle du film. C'est déjà une performance en soi. Bravo !

Le  4-02-2007 à 21:40 #

Itzamma, je vais être en désaccord avec ta vision des personnages de Matrix. Je trouve qu'ils remplissent parfaitement leurs rôles justement. Ce sont des hommes (et femmes) entraînées au combat, aux arts martiaux et notamment au Kung Fu Zen (apparait dans le script) qui donne aux initiés justement cette quiétude si particulière, cette maîtrise du corps et de l'esprit et donc, de l'émotion autant psychique que physique.

De plus, après la crise de la découverte de la réalité (pour les héros), toute cette machination, cet esclavagisme, il est normal pour quelqu'un de ressentir les choses nouvelles (par la suite) avec une certaine lassitude. Blasés, aigris, cyniques, il m'apparaitrait étonnant qu'il en soit autrement.

Après, si tu trouves réellement que leur psychologie est très réduite et bien... Soit je me fais des films tout seul, soit quelque chose t'as échappé.

"tellement mal interprétée et expliquée aux gens comme à des crétins qui n'auraient jamais réfléchi un peu."

Bah... C'est à chacun de voir ça à sa façon mais... Sans me mettre sur un piédestal, je trouve que la masse, la populace dans son sens péjoratif, ne réfléchi pas souvent. Nombre de fois où j'ai soulevé certains point de Matrix pour argumenter une idée personnelle et qu'on me retourne : "Olala tu te prends la tête".

Je pense sérieusement que l'Homme simple qui vit simplement, raisonne simplement. Sans jugement de valeur. Mais pour expliquer qu'un film qui veut aborder des thèmes aussi complexes de la philosophie, de la religion ou d'une satire de la société moderne se doit de toucher à tous les esprits, même les plus simples.

Par ailleurs, dans la scène de l'Architecte (par exemple), le discours est tellement élevé (car c'est une machine) et précis dans ses termes que la quasi totalité des spectateurs ne la comprenne pas. J'ai due la revoir plusieurs fois de suite pour réellement saisir le sens de chaque phrase. C'est une des scènes les plus compliquées de la trilogie, comme d'autre avec Morpheus ou bien encore le Mérovingien (qui est bien plus important qu'on ne le croit pour l'histoire), sans parler des dialogues avec l'Oracle.

"On a parfois l'impression d'être face à un Néo dépourvu d'humanité"

Certes, mais qui te dit qu'il ne faut pas justement se détacher de l'humanité (et de l'humanisme) pour percevoir les meilleures réponses à nos question en matière d'humanité et/ou de sociabilité?

D'ailleurs, l'humanité est dans la matrice, Neo n'en est plus. C'est logique qu'il s'en détache car en même temps, cette humanité est piégée, illusoire et définitivement pervertie par les personnes de pouvoir (machines ou humaines).

Il se bat pour vaincre un seul adversaire : lui-même (et qui peut aussi être concrétisé par la libération de Smith), il se bat pour comprendre pourquoi il est là, pourquoi il peut faire tout ça et pourquoi a-t-il, inconsciemment, fait ses choix. En comprenant ses choix il permet de voir leurs aboutissants et au niveau scénaristique, bien entendu, il ne les comprend qu'au tout dernier moment, où justement les aboutissants de ses choix sont clairs, limpides, sous ses yeux (qu'il perd en plus, pour appuyer son état de claire-voyance).

Au final il se crée sont propre libre arbitre en acceptant ce qu'il n'a pas eut le choix d'accepter. C'est une manière dérivée de se libérer de tout ce qui était prévu et manigancé malgré lui (ca reprend le fil de discussion sur le libre arbitre justement).

Car au final, il retourne bel et bien à la source, il fusionne bel et bien avec le monde des machines lorsque Smith " l'infecte " (ce qui permet en plus de le détruire) et il meurt, tout comme Trinity (ce qu'avait prévu l'Architecte).

Il fait en toute conscience et volontairement le choix qu'on lui avait imposé à sa naissance, il accepte d'être ce qu'il est : un élu, un martyr, un condamné. Il aurait résisté comme il se force à le faire durant tout le 2ème Opus et une partie du 3ème, il aurait perdu.

Mais dès le départ il explique qu'il ne croit pas au destin car il veut être aux commandes de sa vie. Mais il comprend plus tard qu'être aux commandes de sa vie, c'est accepter qui on est et agir en conséquence, et non refuser ce qui est prévu pour nous en voulant faire autre chose.

Sinon, pour ce qui est des discussions de fin de repas, dans ma famille, je les trouve intéressantes et souvent constructives donc je ne m'en plain pas. Mais je vois parfaitement ce que tu veux dire.

En espérant t'avoir répondu.

[ Ce message a été modifié par : : zOUnOUrs le 05-02-2007 09:09 ]

Le 15-02-2007 à 20:24 #

3ème partie sur 4.

Les deuxièmes volets des trilogies sont les meilleurs car tout reste en suspens. Les frères Wachowski ont fait un film d’action divertissant, ils ont voulu introduire plus d’énigmes, plus d’idées et utiliser l’élément déclencheur qu’est le premier opus pour mener le spectateur vers une sphère supérieure de questions.

« Oracle : Les histoires de vampires, de loups-garous ou d’extraterrestres, c’est le système qui assimile un programme qui fait quelque chose qu’il n’était pas censé faire. »

L’histoire que raconte le premier n’est qu’un début. Elle vous laisse avec des milliers d’interprétations possibles (c’est d’ailleurs ce qui fait sa force). Elle ne vous défie pas en termes de problèmes fondamentaux sur : Qu’est-ce qu’un messie ? Un sauveur ? Qu’est la libération ? Le réveil ?

Les dessins animés Animatrix : La Seconde Renaissance (part. 1 et 2) vous raconte la chute de l’Homme. Au début, tout le monde est heureux, comme dans un Eden. La société civile fonctionne bien, il y a des machines. Puis deux choses se produisent, ils utilisent deux mots pour décrire le péché originel : vanité et corruption.

« L’homme est ainsi devenu l’architecte de sa propre disparition. » Les hommes ont attaqué les machines (et ont essayé de les couper de l’énergie solaire), les machines se sont vengées en emprisonnant les hommes. Ils disent : « les machines avaient l’esprit le plus pur de l’humanité ». Pour la plupart des traditions, l’esprit est aimant, bienveillant et naturel jusqu’à ce qu’on le combatte. Alors il devient démoniaque ou il devient une horrible machine.

Neo en passe par son propre réveil, sa libération, il va retourner aux sources en fusionnant avec l’esprit ou la lumière. Si vous regardez bien le premier épisode, il peut être lu comme une fable dualiste disant que la Matrice est mauvaise, et si vous en sortez c’est bien. C’est une notion fort simpliste si c’est compris comme cela. Dans le contexte des trois films, ce n’est pas une philosophie dualiste, sa conscience et la matière sont étroitement entremêlées.

A la fin du premier film, Neo a atteint ce qu’il était censé atteindre. Il est donc le maître. Il est l’adepte, il n’a nulle part ailleurs où aller en termes de gnose. Ce que montre le deuxième film, c’est que c’est peut-être vrai, mais la gnose n’est qu’un moyen. Ce n’est pas une fin en soi.

« Neo : j’aimerais savoir quoi faire, c’est tout, juste savoir. »

Dans le premier film, on a juste un petit aperçu du monde réel, terne, hideux, horrible. Le désert du réel. On passe la plupart du temps dans le royaume des images mentales. Dans le deuxième film, on voit enfin des corps. La scène de sexe entre Neo et Trinity semblait affirmer superbement le corps et la scène de rave semblait affirmer aussi l’incarnation matérielle. Cela semblait être ce que nous avions de plus que les machines.

Il y a toute une école de spiritualité à l’Est et à l’Ouest, appelée « Tantra » qui soutient que ni l’homme ni la femme ne peut parvenir à l’illumination ultime sans l’autre. Certaines écoles tantriques croient l’union sexuelle nécessaire pour obtenir l’énergie requise pour une vraie union qui permettra de transcender son propre ego et sa solitude. C’est une célébration du corps, du physique et de la sensualité. Il n’y a pas d’idées, il n’y a pas d’esprits.

Il y a un contraste très intéressant car la danse du peuple de Zion est un rituel, un événement communautaire. Ce n’est pas la première fois qu’ils font ça, les tambours sont là, ils sont tous prêts. C’est ce qu’ils font, c’est leur sacrement. L’un des éléments importants, c’est que c’est public, le corps de chacun est égal.

Mais ce que font Neo et Trinity est dangereux parce que c’est en privé. C’est l’élévation d’un certain corps au-dessus de tous les autres et donc, vous ne combattez plus pour la survie du groupe, vous combattez pour la personne que vous aimez, mais elle est censée être unique. Si le gnosticisme consiste à se libérer de ce type d’attachement, alors Neo échoue complètement sur ce point.

« Le Maitre des Clés : On doit agir ensemble, si l’un de vous échoue, nous échouons tous. »

Quand le Maître des Clés dit cela, cela ressemble aux Upanishad. On peut y voir des connotations d’Advaita Vedanta. Les Upanishad sont en fait des écritures réalisées 800 ans avant J.C. et sont des texte qui discutent de philosophie à un niveau profond. Ce sont les premiers grands textes philosophiques. L’atman enseigne le monisme, parfois on l’appelle Advaita Vedanta. Il exprime la croyance que toutes les choses sont réunies en une. Toutes les choses viennent d’une même source, le Brahman, qui est le fondement de tout être.

Le but de cette forme d’hindouisme est de vous identifier dans le tout.

« Oracle : Le programme choisit soit de se cacher ici, soit de retourner à la Source.
Neo : le programme principal des machines…
Oracle : Oui, c’est là où tu dois te rendre, là où s’achève le chemin de l’Elu.»

Matrix Reloaded est analogue au Nouveau Testament car le Nouveau Testament, c’est l’Ancien mais ‘reloaded’. Le Nouveau Testament, surtout dans les lettres de Paul, surtout vu dans un contexte interprétatif protestant, c’est le libre arbitre et la grâce. Le libre arbitre est le thème central du deuxième film.

« Oracle : Un bonbon ?
Neo : Vous savez déjà si je vais le prendre.
Oracle : Je ferais un piètre oracle dans le cas contraire.
Neo : Si vous savez ce que je vais faire, comment prendre ma décision ?
Oracle : Mais tu n’es pas là pour prendre une décision, tu l’as déjà fait. Tu es ici pour comprendre pourquoi tu l’as fait. »

Le deuxième opus semble s’éloigner des questions épistémologiques, sur le scepticisme et la connaissance, pour se concentrer sur le libre arbitre.

« Morpheus : Vous savez pourquoi on est ici.
Le Mérovingien : Je suis un trafiquant d’information, je sais tout ce que je peux savoir. La vraie question est : savez-vous vous-même pourquoi vous êtes ici ? »

Le libre arbitre est un grand problème philosophique, un grand problème qui est soulevé par deux choses : d’un coté, les choses doivent être telles qu’elles sont, mais en même temps, elles semblent impossibles.

On commencer par le déterminisme, une combinaison de deux nécessités : la première est que tout ce qui existe se produit, a une cause. La deuxième est que les causes rendent les événements inévitables. En combinant ces deux nécessités, on a un vrai problème de libre arbitre.

« Agent Smith : nous ne sommes pas ici parce que nous sommes libres, nous sommes ici parce que nous ne le sommes pas. »

Laplace, au début du XIXe siècle nous a donné l’image du déterminisme physique que nous utilisons toujours. Il dit que tout ce qui arrive dans la nature est le résultat des interactions des parties les plus petites, les atomes ou les particules subatomiques. Si on connaissait la position de chaque atome à un moment donné, nous pourrions prévoir l’instant suivant.

Un démon omniscient qui aurait la vision complète de l’univers à tout instant (comme l’architecte dans sa salle des écrans) pourrait alors prédire le futur à tout jamais. Parce que ce qui arrive à chaque instant est le résultat déterministe de l’interaction des petites parties. Les physiciens contemporains disent que c’est faux, c’est à dire que l’indéterminisme quantique règne. Mais même si cela est vrai, à un niveau macroscopique, les choses semblent très déterministes à bien des égards.

« Le Mérovingien : vous êtes ici parce qu’on vous a envoyé ici. On vous a dit de venir ici et vous avez obéi. »

On pense souvent qu’on peut savoir ce qui va se produire dans le futur en nous basant sur nos connaissances des lois de la nature. Je sais que si je lâche mes clés en l’air, elles vont forcément tomber. Hume disait : Comment savons-nous cela ?

« Le Mérovingien : Il n’y a qu’une seule constante, qu’une seule universalité, la seule vraie vérité : la causalité. »

Quand la gravité opère, c’est la causalité. Hume appelait ça le ciment de l’univers qui relie les choses. En général, les gens n’ont pas une vue philosophique de la causalité. Ils pensent juste que les choses arrivent et quand elles arrivent et qu’elles sont suivies d’un événement. A à causé B. Hume pensait qu’au sens strict du terme, tout ce que nous pouvons dire, c’est que jusqu’à maintenant, les objets lourds tombent vers le bas.

Le seul fondement que nous ayons pour penser qu’un objet va encore tomber vers le bas la prochaine fois est, selon lui, la croyance que le futur continuera d’être comme le passé. Il dit que, pour nous, c’est véritablement une question d’habitude. Hume est l’un des plus grands philosophes sceptiques qui ait jamais vécu. Il prend un plaisir socratique à montrer aux gens combien leurs efforts pour vendre le scepticisme sont vains.

« Le Merovingien : Action, réaction ; cause et effet.
Morpheus : Tout commence par un choix.
Le Merovingien : Non, faux ! Le choix n’est qu’une illusion créée entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. »

Il y a toutes sortes de dilemmes fascinants présentés aux personnages dans le deuxième film. Particulièrement ces sortes de choix binaires proposés à Neo.

« Oracle : Tu peux sauver Zion si tu retournes à la Source. Le Maître des Clés t’y mènera.

Perséphone : Si vous voulez le Maître des Clés, suivez-moi.

Le Maître des Clés : Trouvez la porte, vous saurez laquelle.

Architecte : Il y a deux portes, celle de droite mène à la Source et au salut de Zion, l’autre mène à la Matrice, à elle et à l’extinction de votre espèce. »

A maintes reprises dans Matrix, neo n’est pas capable de transcender ces dichotomies. Il embrasse Perséphone, il ne cherche pas une troisième voie, il prend l’une ou l’autre des portes.

« Neo : Je ne peux pas, je ne veux pas.
Oracle : Il le faudra bien.
Neo : Pourquoi ?
Oracle : Parce que tu es l’élu. »

Souvent, quand ces dichotomies se présentent, on recherche quelqu’un pour nous montrer que la dichotomie est fausse. Quelqu’un pour trouver un moyen de briser les choix qui sont proposés. Mais dans le deuxième film, Neo se révèle être esclave de ses choix.

« Neo : La prophétie est un mensonge, l’élu ne met fin à rien, ce n’est qu’un autre système de contrôle.
Morpheus : Je n’y crois pas.»

Maints philosophes, Berkeley, Schopenhauer et Nietzsche, ont compris qu’il y avait un moyen de provoquer un événement qui nous est très familier, c’est la volition, le libre arbitre. Mais on ne fait pas de choix. On croit en faire mais c’est faux. C’est ce qui caractérise ce deuxième volet. La « volonté » de Schopenhauer, le désir insensé.

Dans ‘Le monde comme volonté et comme représentation’, il considère les expériences humaines comme très subjectives. La seule base sur laquelle on peut s’appuyer, c’est la volonté humaine, le choix humain.

« Neo : Le choix, le problème c’est le choix. »

Schopenhauer était un grand philosophe qui a donné une description détaillée du monde manifeste qui, dans un sens, est la Matrice. En dehors du monde manifeste, il y a un monde de réalité profonde. L’idée de Schopenhauer est que notre perception, notre conscience est le cerveau physique vu de l’intérieur et ce qui, de l’extérieur, ressemble à la cause de l’effet.

Si je bouscule un vase, il tombe. Cela semble être, extérieurement, la cause et l’effet. Le processus correspondant, ce sont de fortes impulsions qui vont dans un sens, puis dans l’autre, mais qui se combinent finalement en une seule et vaste volonté.

C’est l’une des différences entre la philosophie occidentale et orientale. La philosophie occidentale est un voyage de l’esprit. On s’assoit et on réfléchit à ces théories. Nous écrivons nos notions de Berkeley ou Schopenhauer, mais nous ne les intégrons pas dans nos vies.

« Le Mérovingien : le Pourquoi, c’est ce qui nous différencie d’eux, et vous de moi. C’est la source du pouvoir, sans lui vous êtes impuissants. »

Dans l’hindouisme, on considère ça comme un chemin spirituel que de ressentir cette révélation, de sentir qu’on est dans le Brahman. Chaque être humain porte, au centre même de son être, cette réalité spirituelle. Vous allez savoir intuitivement que d’une certaine façon, vous vivez dans un monde de rêve jusqu’à votre réveil. Schopenhauer a été l’un des premiers grands philosophes modernes à écrire sur ce sujet.

« Architecte : … De même, alors que ta première question peut être la plus pertinente, tu te rendras compte ou pas que c’est la plus déplacée.
Neo : Pourquoi suis-je ici ? »

Le discours de l’Architecte est l’un des passages essentiels sur le plan explicatif.

« Architecte : La Matrice est plus ancienne que tu ne le crois. Je compte de l’émergence d’une anomalie systémique à la suivante et auquel cas, ceci est la sixième version.»

On apprend que Neo n’est pas un individu unique, non reproductible et non fongible, en fait il est déterminé par les besoins du système informatique.

« Architecte : tu es l’éventualité d’une anomalie que, malgré tous mes efforts, je n’ai pu éliminer de ce qui est, sans cela, une harmonie d’une précision mathématique. »

A cet égard, le film reprend peut-être un peu les vues de Platon, en disant qu’il n’y a pas de moi unique, mais des types de moi, des types d’âmes. Tout comme nous avons appris qu’il y a des types d’âmes de philosophes qui sont plus à même de nous guider. Donc, Neo devient une itération particulière d’un type d’âme, l’Elu.

« Architecte : c’est ce qui t’a conduit inexorablement… ici. »

Dans cette scène, on voit plein de moniteurs qui, à certains moments, montrent Neo réagissant de différentes façons. L’architecte dit quelque chose et chacun des Neo dit quelque chose de différent. La caméra zoome sur des moniteurs individuels et le film continue comme si ce moniteur était désormais une histoire entière.

« Neo : Il n’y a solution, soit personne ne me l’a dit, soit personne ne la connaît. »

Ce que montrent ces moniteurs, ce sont des rendus virtuels parallèles de ce que pense et fait Neo. Mais il arrive un moment où Neo a exactement la même réaction sur tous les moniteurs, lorsque l’architecte lui donne le choix de passer par la porte de gauche ou de droite pour sauver Trinity ou sauver le monde. Chacun des moniteurs montre la même réaction. A ce moment-là, Neo n’est pas ambivalent, il n’a pas d’idées multiples sur quoi faire, c’est une seule action : Sauver Trinity, ce qui est l’expression de son amour.

« Architecte : L’espoir, c’est la quintessence des illusions humaines, simultanément votre plus grande force et votre plus grande faiblesse. »

A la fin de Matrix Reloaded, Neo est prêt à sacrifier Zion pour une seule personne. Il n’a donc pas compris ce que Neo est censé être ou le refuse. Il échoue complètement dans sa mission, il devait libérer tout le monde, il traite cette seule personne comme plus spéciale que les autres. L’amour est présenté comme la réalité ultime. C’est ce qui nous motive, nous mène, nous guide. Ce n’est pas une coïncidence si tant de traditions dans le monde non seulement parlent de l’amour en termes abstraits, mais le concrétisent en termes d’amour non humain, mais d’amour divin.

C’est le point de vue le plus élevé qu’on puisse avoir de la divinité. Dans la tradition tantrique, l’amour relie Nirvana et Samsara. La plus simple explication de cela est que l’amour peut tout conquérir. Quand l’Architecte parle de choses qui ne peuvent être comprises que par des esprits inférieurs :

« Architecte : La réponse m’avait échappée car elle requérait une intelligence inférieure ou une intelligence moins sujette à ces paramètres de perfection. »

Il veut dire un esprit différent. La rationalité ne peut pas résoudre les problèmes soulevés par le film, sinon les machines auraient gagné. Il y a autre chose qui semble essentiel de sauver, dans ce film, c’est l’intuition, la perception. C’est le genre d’expérience qui vient comme un flash.

Ce que dit l’Architecte, c’est que l’anomalie Neo sera révélée au début et à la fin. S’il est le premier et le dernier, s’il est le début et la fin, il annonce déjà Matrix Revolutions dans lequel il sera le programmeur qui reprogramme de l’intérieur et qui réinitialise tout le système en une immense réincarnation cosmique.
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