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Le 24 juin à 09:33 #

A partir de combien de mécontents vote-t-on ou amende-t-on une loi ?
Publié par Rico da Halvarez le 24 juin 2008


En réaction à l’appel des artistes contre le piratage paru dans le Journal Du Dimanche nous lançons un contre-appel, car les artistes, ce n’est pas qu’eux, et qu’il est inquiétant de légiférer pour si peu de gens !



Les stars dont le nom suit (source JDD) approuvent* la loi Olivennes, qui si elle passe instaurera la riposte graduée comme réponse au piratage :

Etienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie.



Voici le texte de la contre-lettre. Pour que cela fonctionne, nous vous encourageons à le relayer le plus largement possible :

Nous sommes inquiets, très inquiets, nous aussi. La France a créé les droits d’auteur, certes. La France adore la culture, certes. Mais l’État français s’apprête une fois de plus à défendre une poignée d’artistes et leur appareil de propagande, qui enrage de n’avoir pas su s’adapter à la nouvelle économie de la connaissance, du partage.

Au lieu d’adapter leur modèle économique, ces Industries du siècle dernier veulent nous offrir des minitels pour accéder à leurs contenus ! Au lieu de constater que la créativité n’a jamais été aussi vigoureuse, ces Maisons de disques pensent encore que le monde n’écoutera que leurs musiques, leurs rengaines à la mode, sentimentales et formatées, ou leurs fonds de catalogue ! Ces entreprises ne représentent pas la diversité culturelle, elles lui ont presque toujours fermé leurs portes, ou l’ont pillée sans vergogne pour en tirer du profit. Cela dure depuis bien longtemps… Cela s’accentue même.

Notre activité artistique a de tout temps toujours été fragile, mise en péril. La plupart de ceux qui ont apporté à la musique, à la culture en général, géants sur les épaules desquelles nous nous tenons, sont mort dans la misère, et parfois l’humiliation et les moqueries de leurs congénères. Et le phénomène touche toujours autant les jeunes créateurs de ce pays, qui vivent dans leur immense majorité bien en dessous du seuil de pauvreté, dans l’indifférence totale des pouvoirs publics.

Ce n’est pas en légiférant pour perfuser une cinquantaine de millionnaires que le problème du piratage se règlera ! La cause du déclin de l’industrie culturelle n’est certainement pas le développement actuel des échanges d’œuvres, mais l’appétit féroce de leurs receleurs, qui aujourd’hui tirent les ficelles jusque au cœur notre parlement, proposent des lois contraires aux droits de l’homme et du citoyen, et cherchent à imposer par force leur vision morbide de fin de règne, aveuglés par la vision des gains qui leur filent entre les doigts. Cette crise à pour cause essentielle leur inadaptation aux nouveaux modèles économiques qui découlent du développement fulgurant de l’économie numérique.

L’incompétence se paie !

Il faut vivre avec son temps !
Il faut admettre que le public, grâce à Internet, dispose désormais durablement d’une offre culturelle sans barrières. Il faut admettre aussi que toute tentative de contrôle n’aura pour effet que d’intensifier les méthodes de contournement, et donc de multiplier les contrefaçons.

Il faut au contraire faciliter l’accès aux œuvres, restituer la confiance, et nous y encourageons sciemment le public, car nous sommes persuadés que la liberté de créer dépend de plus en plus de la préservation de la liberté d’échange sur internet.

C’est pourquoi nous encourageons le public à télécharger nos œuvres, à les partager, à les découvrir, que ce soit gratuitement, ou en les achetant lorsque celles-ci l’ont touché. Oui, nous avons confiance en nos concitoyens, qui savent être reconnaissant de la générosité qu’on leur témoigne. Non, nous ne défendons pas la gratuité, mais le bien commun, socle de toute culture civilisée.

Le projet de loi, proposé par la ministre de la Culture, issu de la mission menée à l’automne dernier par Denis Olivennes, nous donne de très bonnes raisons de penser qu’internet risque de se transformer en tombeau de la liberté d’expression, c’est pourquoi nous nous engageons à le combattre avec toute notre énergie, dans le respect des droits d’auteur, par l’utilisation des licences libres et ouvertes, et l’exception culturelle qu’elles portent en elles. Cette exception réside dans leur forme de légalité, qui refuse les verrous et la criminalisation des usages culturels.

Arrêtons de marcher sur la tête !

Nous ne laisserons pas 52 artistes et leurs épiciers lobbyistes dicter leur loi au pays des droits de l’homme ! Nous sommes des musiciens, mais aussi et avant tout des citoyens !


Musiciens, pour signer l’appel, écrivez à villagelibre [at] dogmazic.net, avec dans l’objet de votre mail “Réponse à la lettre des 52″, et dans le corps du message, votre nom d’artiste et le/les endroit(s) ou vous proposez votre musique au téléchargement sous licence ouverte. ces informations accompagneront la lettre, qui sera largement diffusée dans les médias qui accepteront de nous laisser exprimer notre opinion.



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Le 25 juin à 10:43 #

Le Président de la République Nicolas Sarkozy s'est exprimé mercredi à la sortie du Conseil des ministres où Christine Albanel présentait son projet de loi "Création et Internet", qui doit installer la riposte graduée comme dispositif de lutte contre le piratage sur Internet. Avec trois phrases, et trois erreurs.

"Il n'y a aucune raison qu'Internet soit une zone de non-droit", a d'abord déclaré Nicolas Sarkozy. "La France a inventé le copyright", a assuré le Président, qui prévient que si rien n'est fait, "un jour ou l'autre il n'y aura plus de création".

Or, tout d'abord, Internet n'est déjà pas une zone de non droit actuellement. Les lois pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN), la loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI), et les dispositions pénales du code de la propriété intellectuelle forment un socle solide pour réprimer les violations de droit d'auteur sur Internet. Si ces lois ne sont pas ou peu appliquées, c'est parce qu'elles sont jugées par les ayants droit eux-mêmes et par les juges trop sévères et trop éloignées des réalités sociales. Et non parce qu'Internet serait une zone de non droit.

Deuxièmement, non, la France n'a pas inventé le copyright. On comprend qu'après la lourde défaite de la France à l'Euro 2008, le Président cherche à remettre un peu de chauvinisme dans sa communication. Mais tout comme la France n'a pas inventé les Droits de l'Homme qui ont été inventés par les Britanniques avec le Bill of Rights, c'est le Statute of Anne de 1709 qui forme le premier texte au monde de protection du copyright. De plus, il y a des différences fondamentales entre le "copyright" et le "droit d'auteur". Le premier s'attache à protéger les producteurs et la valeur monétaire des oeuvres, quand le second s'attache à protéger les auteurs et la valeur morale des oeuvres. Confondre les deux et utiliser le terme anglophone pour un Président de la République Française garant de l'exception culturelle française n'est pas seulement une incompétence, c'est une faute de goût. Elle est en tout cas révélatrice de la tentation de Nicolas Sarkozy de faire dévier la protection du droit d'auteur vers une protection du copyright à l'américaine.

Enfin, non, la création ne disparaîtra pas avec la disparition (que peu de monde souhaite d'ailleurs) du droit d'auteur. La création n'est pas née en 1709, et le succès de Wikipedia, des logiciels libres, de la musique libre ou même du cinéma libre, montre qu'il y a une création possible au delà du droit d'auteur. Le droit d'auteur facilite la professionnalisation de la création, mais il n'est pas sa condition sine qua non. Penser le contraire est placer peu de foi dans l'imaginaire et la créativité de l'Humanité.


(Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com)
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