Bonsoir à tous,
L'histoire se passe à l'école des apprentis mécaniciens de l'armée de l'air.
Durant le mois de février 1940 l'école fut touchée par une épidémie de rubéole.
Un matin, en me réveillant, je me senti patraque et, me semblait il, légèrement fiévreux. J'en fis part au sergent de semaine qui me porta consultant à la visite du médecin major de la base. Vers huit heures j'entrais, avec d'autres camarades, dans les locaux de l’infirmerie. L'infirmier de service nous demanda de nous déshabiller complètement. Il était d'usage de se mettre « à poil » quelles que soient les raisons qui nous amenaient à consulter le médecin.
Lorsque mon tour arriva j'entrai dans le bureau du major. Celui ci ne leva pas la tête car il mettait la dernière main au dossier du malade précédent. J’étais un garçon timide. Nu comme un ver, immobile au garde à vous, je me sentais gagné par un malaise croissant qui me faisait monter le sang aux joues. Le major leva enfin la tête et, voyant ma rougeur, me regarda fixement pendant quelques secondes ... .... puis il cria à l'infirmier : « Isolez le ! Isolez-le ! ». L'infirmier accouru et me fit entrer rapidement dans une salle voisine.
La matinée s'étira, monotone, puis l'après midi ; enfin, vers cinq heures, j'entendis du bruit ; mais c'était le personnel qui s'en allait
Je partis à la recherche de mes vêtements, mais ils avaient disparu. Je savais qu'il y avait, au premier étage, la salle des malades couchant à l'infirmerie, mais ma nudité et ma situation de contagieux me firent renoncer à m'y rendre... Vers neuf heures du soir l'infirmier entra dans la pièce et me regarda avec stupéfaction. Il m'avait oublié. Il ne jugea pas nécessaire de s'en excuser. C’était d'ailleurs un usage établi. Les appelés du contingent étant de trois ans plus âgés que les arpètes, considéraient ceux ci comme des jeunes « m…x », des « fayots » par surcroît, avec lesquels il n'était pas nécessaire de prendre des gants.
L'infirmier retrouva mes vêtements dans un placard. Il alla téléphoner au médecin major, à son domicile. Il revint en disant qu'il devait m'emmener à l'hôpital maritime de Rochefort.
Ce dernier datait du 18è siècle. Il était, en principe, réservé aux membres de la marine nationale, mais comme il n'y avait pas d'autre hôpital militaire à Rochefort, les représentants de toutes les armes y étaient admis.
Un lit me fut donné dans la salle des contagieux. Le lendemain matin je me réveillai frais et dispos. Le major de la marine vint me voir et m'examina. Je vis bientôt apparaître sur son visage une expression d'incrédulité. Il finit par me dire « Vous n'avez pas la rubéole, cependant comme vous êtes maintenant dans une salle de contagieux je suis obligé de vous garder quelques temps avec nous ». C'est ainsi que je pris pension à l’hôpital de Rochefort.
Pendant ce temps, à la base aérienne, mes camarades de chambrée avaient été consignés puisqu'un rubéoleux avait été découvert parmi eux. Aucune information n'était venue de l'hôpital infirmer le diagnostic erroné du major.
Mon exil ne m'était pas complètement inutile : j'avais été changé de chambre et mis à la disposition des cuistots avec qui je m’initiais, du matin au soir, au métier de plongeur.
Bien amicalement.
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