Concernant l'évolution des savoirs scientifiques, il ne faut pas oublier que le savoir scientifique n'évolue pas de la même manière au sein de la population des scientifique, que chez le quidam. Pour pouvoir parler "d'évolution des croyances", il est nécessaire de définir un "environnement" dans lequel ces croyances vont évoluer.
Maintenant, il faut noter que chez le quidam (l'environnement quidam), les croyances scientifiques mutent, et évoluent tout autant que les croyances magiques. Souvent, une découverte scientifique doit muter, pour être sélectionnée et "survivre" dans l'environnement quidam. Elle doit se modifier pour être adaptée aux motivations de monsieur-tout-le-monde, et un résultat scientifique hyper particulier (la découverte du rôle des récepteurs à la vasopressine dans l'adoption d'un comportement monogame chez le campagnol[1]) va "muter" pour survivre chez le quidam, et va devenir "la découverte du gène de la fidélité.
Dans leur analyse de l'évolution de l'effet Mozart[2], Bangerter et Heath (2004) [3] mettent en évidence comment l'étude originale, qui montraient que faire écouter une sonate particulière de Mozart à des étudiants avait permis, temporairement, d'augmenter leurs performances à une épreuve visuo-spatiale -résultat largement invalidé depuis-, a été transformée pour répondre aux attentes et aux craintes de monsieur-tout-le-monde pour pouvoir être diffusée. Et comment notamment l'échantillon de l'étude -des étudiants- et le concept mesuré -les capacités visuo-spatiales- ont été modifiées pour devenir l'intelligence des enfants (voir des nouveaux-nés).
Je pense du coup, qu'on doit pouvoir parler d'une forme de co-évolution des croyances scientifiques et magiques, si bien que les 2 arrivent à une nouvelle forme de croyance-qui n'est ni vraiment scientifique, ni totalement magique- parce que dans "l'environnement" co-habitent une "motivation de scientificité" (un besoin de science), et aussi un besoin de croyance magique, de "solutions miracles" (une musique qui rendrait mon footballeur de fils plus intelligent, une thérapie génique qui rendrait Robert fidèle, une machine à ondes qui guérirait mon cancer du sein, et une culotte vibrante qui me ferait maigrir).
La co-existence de la science et de la religion et autres croyances ésotériques, fait que ces croyances mutent pour pouvoir être diffusées. D'où le succès de l'intelligence design, qui combine science et religion (et qui, de plus, caresse le narcissisme humain dans le sens de l'Ego).
[1] Voir Green Staerklé, E., & Clémence, A. (2002). De l’affiliation des souris de laboratoire au gène de la fidélité dans la vie: Un exemple de transformation du savoir scientifique dans le sens commun. In C. Garnier & W. Doise (Eds.), Les représentations sociales: Balisage du domaine d’études. Montréal: Éditions
Nouvelles.
[2] L'effet Mozart est cet croyance que le fait de faire écouter de la musique classique à un bébé (parfois même à un foetus) va permettre d'augmenter son intelligence.
[3] Bangerter, A., & Heath, C. (2004). The Mozart effect: Tracking the evolution of a scientific legend. British Journal Of Social Psychology, 43, 605-623. Voir la discussion de cette étude par Enro sur son
blog