Bonjour à tous,
ayant lu les deux ouvrages de Michael Denton, "Evolution : une théorie en crise" et "L'évolution a-t-elle un sens ?", j'ai synthétisé ci-dessous pour un article 2 objections qu'il oppose au darwinisme, et qui m'ont troublé. J'aimerais savoir quelles réponses ont été proposées à ces arguments, étant entendu que je ne les ai pas trouvées sur la toile.
Merci si vous les connaissez ou pouvez m'indiquer des liens précis sur ces deux objections (les pages attaquant en général Denton sont un peu hors-sujet, ce qui m'intéresse c'est les 2 points précis soulevés ci-après, c'est un peu spécialisé mais je crois intéressant de faire le point là-dessus).
1ère objection : les gènes pléiotropiques
La théorie darwinienne dépend d'un certain nombre d'hypothèses sous-jacentes, dont l'une au moins est critiquable. Contrairement à ce que l'on pouvait penser lors de la découverte de l'ADN, il n'y a pas correspondance entre un gène et une fonction : « Il est devenu de plus en plus clair, avec les progrès en génétique et en embryologie, que la plupart des composantes d'un organisme (sont) polygéniques (c'est-à-dire édifiés au moyen de très nombreux gènes) et que la plupart des gènes (sont) pléiotropiques (c'est-à-dire influencent plus d'un caractère) » (2) Dans les cas importants, lorsqu'un seul gène est modifié, c'est toute l'architecture génétique de l'organisme qui devrait être réarrangée. Denton cite quelques exemples parlants. Entre autres, la .mutation wingless chez le poulet. En modifiant un gène censé commander le développement de la crête, on obtient des effets inattendus, affectant différents systèmes. Le poulet modifié a des moignons à la place des ailes, les doigts de ses pattes arrières sont soudés les uns aux autres, l'urètre n'atteint pas sa taille normale, le couvert de duvet se développe peu, etc. En quoi cette « propriété pléiotropique » du gène pose-t-elle problème au darwinisme ?
Le néo-darwinisme classique, théorie standard en biologie depuis les années 60, sous-entend que l'on peut modifier les organismes de façon modulaire : en ajoutant un gène, l'on ajoute ou l'on change une caractéristique définie et en principe prévisible. C’est de cette façon que les espèces se transforment, et que de nouvelles espèces apparaîtraient au fur et à mesure que des gènes isolés se modifieraient. (...) Tout organisme forme un ensemble intégré, chaque partie fortement interreliée à toutes les autres, un peu comme dans une montre. Plus un système complexe est interrelié, plus il résiste aux changements. Si l'on change un seul rouage dans le ventre d'une horloge, il faut réarranger l'ensemble des pièces et des ressorts. (...)
Des années 1970 à nos jours, le même problème demeure et semble en passe de s'avccentuer : l'idée que les mutations accidentelles de quelques gènes isolés suffiraient à expliquer des modifications insensibles et positives s’avère de moins en moins tenable. (...) Il faut donc la transformation et le réarrangement simultanés de vaste ensembles de gènes pour aboutir à un changement viable (et transmissible), surtout si c'est la création d'une espèce nouvelle. Le hasard pouvait expliquer que quelques gènes se modifient au gré des multiples générations et des accidents de transmission, mais il est impossible d'utiliser ce modèle pour rendre compte de changements importants : comment le hasard pourrait-il expliquer les mutations simultanées de plusieurs groupes de gènes, formant alors un organe "clef en mains" ou un comportement adapté ?
2ème objection : l'oeil de la langouste
Admettons pourtant qu'il y ait passage insensible, par essais et erreurs, d'un type de modification hasardeuse, favorisée par sélection naturelle, vers un nouvel organe complexe. C'est la théorie gradualiste : à la condition de supposer une série suffisamment grande d'intermédiaires différant entre eux de façon minime, on peut faire découler n'importe quoi de n'importe quoi d'autre ! On postule par exemple qu'à partir d'une cellule photosensible sélectionnée, on aboutira à un œil. Mais là encore de nombreux problèmes semblent invalider cette hypothèse : « (...) pour qu'un œil - ou toute autre composante d'un système complexe - puisse passer graduellement d'un état à un autre par une série d'intermédiaires, il faut nécessairement qu'aient lieu des changements compensateurs simultanés dans d'autres systèmes interagissant avec cet organe particulier. » (5) Sans oublier qu'il existe dans de nombreux cas des barrières physiques qui empêchent un passage graduel entre deux formes différentes.
Ainsi, la théorie de la sélection naturelle doit être cadrée. Denton ne nie pas l'existence de certains changements limités à l'intérieur d'une même espèce. Mais il met sérieusement en doute la possibilité de macro-évolutions et de passages progressifs entre espèces. A l'époque où paraît Evolution : une théorie en crise, on a toujours pas trouvé de fossiles montrant ce passage inter espèces. Les animaux découverts concernent des variations à l'intérieur d'un même type, le petit cheval se transformant peu à peu en grand cheval, avec une graduation suggestive de fossiles.
EST-CE BIEN VRAI ?? --> Quant aux divers animaux originaires à partir desquels se seraient développés plusieurs espèces distinctes, prévus par la théorie évolutionniste, on n'en aurait pas trouvé de traces suffisantes.
Allons plus loin. Même lorsqu'il s'agit de rendre compte de l'apparition d'organes nouveaux au sein d'une même branche zoologique, le .~.darwinisme rencontre parfois des obstacles. Denton passe un chapitre de son ouvrage récent à étudier le problème de l'œil de la langouste. Chez deux races voisines de crustacés, on constate que leurs yeux utilisent un principe optique différent. Pour les langoustes, il s'agit d'unités visuelles carrées : elles sont composées d'unités oculaires consistant en un minuscule tube de section carrée, à peu près deux fois plus long que large et dont les faces latérales sont des miroirs plans. Les rayons lumineux sont réfléchis par les miroirs latéraux pour converger sur un même point de la rétine. Or chez la grande majorité des crustacés, les unités oculaires sont rondes ou hexagonales, fondées sur le principe de la réfraction. On ne trouve aucun type intermédiaire entre ces genres d'yeux. Il n'y a non plus pas trace de fossiles dotés de cet organe de transition ! Voilà bien le point gênant : on ne peut guère concevoir ce que serait cet œil entre celui qui fonctionne selon le principe de réflexion et celui qui utilise la réfraction « (...) tant diffèrent leurs agencements respectifs sur le plan de la géométrie et du fonctionnement optique. L'unité oculaire d'un type d'œil de transition devrait à la fois se situer à mi-chemin entre l'hexagone et le carré, à mi-chemin entre la lentille réfractante et la surface réfléchissante, et néanmoins posséder les propriétés optiques nécessaires à la formation d'une image. » (6) Sans oublier que ce système visuel inédit posséderait une efficacité adaptative supérieure à son prédecesseur !
Cet exemple très spécifique amène Denton à une conclusion importante. Dans l'état actuel des connaissances, seul un changement par saut brusque, impliquant une grande série de mutations simultanées et ordonnées, pourrait rendre compte du passage entre ces systèmes visuels.
Nous arrivons donc à ce que Denton cherche à démontrer.
L'idée d'une adaptation par simple hasard ne cadrerait ni avec les connaissances génétiques, ni avec les fouilles et les observations. En considérant sans préjugé l'état le plus récent de la biologie, on serait conduit à supposer qu'il existe une "évolution orientée". Chaque espèce formerait un archétype, avec des variations possibles mais sans changement fondamental menant de l'une à l'autre.
--------------------------------------------------------------------------------
1 Voir Michael Denton, Evolution, une théorie en crise, éditions Flammarion, collection Champs, et L'évolution a-t-elle un sens ?, éditions Fayard 1997.
2 Op.cit., page 450.
3 Op.cit., page 442
4 In Le darwinisme aujourd'hui, Le Seuil, coll. Point-Science.
5 Denton, op.cit., page 476.