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Psychanalyse, de la croyance et de la science

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Le 10-09-2005 à 15:49 #

Bonjour,

Je me permets de créer ce sujet afin de ne pas polluer d'autres fils dans lesquels ce thème revient de manière récurente.

Les questions sont (merci Ahaw) :

La Psychanalyse est-elle la grande imposture scientifique du siècle dernier ?
Freud était-il un imposteur ?

Ou, plus élégamment, quid de la science et de la croyance dans la théorie Psychanalytique ?


Arbitrairement, j'ai choisi ce message de Cyclotron pour ouvrir le bal. D'autres ont le mérite de l'antériorité, et des liens pertinents avaient été soumis que l'on voudra bien, je l'espère, ajouter à volonté.


Par contre, je conseille à toute personne de ne jamais lire (et a fortiori de relire) les "oeuvres" de Freud et ses adeptes, à moins de vouloir constater par soi-même jusqu'où les divagations de l'esprit humain peuvent aller.

(...) j'avais bien envie de me "farcir" un adepte de ces foutaises.
C'est le genre d'envie que j'ai comme ça, de bon matin, quand je sens poindre l'ennui.
Tant pis, ça sera pour une autre fois.


Ludwig :


Sois prudent quand même : la psychanalyse a des bases si fragiles qu'elle est presque non réfutable.
Ludwig
"psy" canalisé.


Freud :


Je débute justement ma lecture sur la psychanalyse, et particulierement Freud.

Je suis ton homme ! Explique-moi ton point de vue. Je te suggère par contre pour cela de créer un nouveau fil en indiquant ton lien ici.

Tu entends par "foutaises" la psy. freudienne et post-freudienne ou inclus-tu tout le monde dans le même sac ?

Tu m'interesses !

@+

PS: mon pseudo fait plus référence au prénom "fred" qu'à Sigmund lui-même.




[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 10-09-2005 16:04 ]

Le 13-09-2005 à 17:02 #

Bonjour Cyclo,

(moi aussi, j'aimerais que d'autres s'impliquent, comme ils l'avaient laissé entendre. Mais peut être a-t'on porté trop haut le débat dès le début, comme le remarque Ahaw).

A propos de Dolto :

Première remarque, il ne s'agit pas d'un écrit de Dolto, mais d'une interview. CQFD.

Il a donc fallu aller chercher loin

Ce d'autant que les livres de Dolto sont en vente libre et d'un abord très accessible.

Reprenons les termes de l'évident malentendu entre le journaliste (pudiquement et solidairement appelé "Choisir") et la dame :


1 - Mais enfin, il y a bien des cas de viols ?


Montrant par là l'ignorance totale du journaliste des mécanismes de l'inceste.
Ce qui amène naturellement une réponse non pas pédagogique, mais provocatrice de Dolto :


- Il n'y a pas de viol du tout, elles sont consentantes.


Que dit Dolto ? : Rien de plus que ce que je viens de te répondre plus haut (dans l'un des précédents messages). Elle se contente de délimiter la valeur des mots.

Dolto fait clairement la différence entre le viol et l'inceste. Et la différence, c'est la consentance. On pourrait tout aussi bien confondre "inceste" et "pédophilie", mais alors les mots ne veulent plus rien dire.

Résultat, on a un journaliste choqué, heurté dans ses convictions, car pour lui l'inceste est tout à fait un viol. Mais ce que cet imbécile ignore, c'est qu'ainsi il CONDAMNE pratiquement tous les enfants qui crèvent de leur culpabilité. Culpabilité d'avoir sollicité les caresses du père, de l' avoir désiré, d'avoir perversement pris une place qui n'était pas la leur, et enfin qui punissent leur corps d'avoir joui.

Cela, contrairement aux fantasmes du journaliste, c'est la réalité du terrain. C'est ce que déposent auprès de Dolto (et par extension, de tout thérapeute) pratiquement toutes les jeunes filles (et jeunes hommes) ayant vécu l'inceste.

Le parcours pour se reconnaître "victime" est long et difficile. Il passe par l'extériorisation des affects, la reconnaissance de sa propre immaturité, l'acceptation de la complexité de notre personnalité, qui fait que l'on peut jouir même de l'aberration, et que l'entourage peut être complice parfois de ce déplacement des places au sein de la famille.

Rien n'est aussi simpliste que ne le pense ce journaliste.


2 - (le journaliste) : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu'elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?


- Réponse de Dolto : (en substance) CELA N'ARRIVE PAS.

Et oui, Cyclo, cela n'arrive pas. Quand une fille vient voir un thérapeute, elle ne présente JAMAIS cela comme un viol. Elle est au contraire perdue dans la confusion des émotions et sa demande de soin (quand la demande existe) se formule par des symptômes :

- Automutilation,
- Boulimie, anorexie
- Dégoût de soi
- Échec scolaire, repli sur soi etc. etc.

Quand enfin elle parvient à parler de l'inceste, elle RÉPÈTE LES MOTS DE SON PÈRE JUSTIFIANT SA CONDUITE INCESTUEUSE.


3 - Choisir : D'après vous, il n'y a pas de pères vicieux et pervers ?


Et voilà, direct, le second piège. La condamnation morale du père. Question, mais que faisait la mère pendant ce temps là ? Et les grand parents, n'ont-ils rien vu, rien senti de la détresse de leurs petits enfants ? On peut développer à loisir.

Mais revenons à la condamnation morale du père.

L'enfant aime et appelle son père, alors que dans le même mouvement, il hait, craint et rejette son amant.

L'enfant "crève" de se souvenir que, dans la majorité des cas incestueux, c'est lui qui a sollicité l'amour de son père, les caresses de son père. Victimiser l'enfant sans aborder ce conflit intérieur, celui de la RESPONSABILITÉ de l'enfant incestueux, c'est baser une thérapie sur le déni. Déni des pulsions sexuelles de l'enfant, déni de sa RESPONSABILITÉ.

Ce n'est que dans un second temps que la thérapie amènera la relativisation de cette responsabilité, du fait de l'immaturité sexuelle de l'enfant, ce qui lui permettra de se soulager de la culpabilité.

Enfin, ajoutons que le père incestueux lui même n'est pas pervers, car il oeuvre, comme sa victime dans la culpabilité et la honte. De plus, statistiquement, les pères (et mères - plus rare) incestueux ont été victimes d'inceste dans leur enfance. Encore une fois, Dolto renvoie à l'exactitude sémantique. Un pervers ne connaît pas la culpabilité; et vicieux est un mot du langage populaire, à forte connotation morale, et sans signification spécifique.

- C'est à cette attitude morale et dramatisante qu'elle répond à nouveau par la provocation. D'un autre côté, Dolto s'adresse en fait aux familles qui vivent l'inceste. A travers cela, elle fait passer le message de sa compréhension des mécanismes. Non pas ceux fantasmés et moraux du journalistes, ceux de la souffrance et des tyrannies familiales.

De plus, elle fait appel aux enfants en leur suggérant la réaction.

Si tu peux oublier un moment l'aspect dramatique de l'interview, dramatique toute journalistique qu'on ne retrouve JAMAIS dans les écrits de Dolto, dont la prétention est de soigner/caresser TOUS les membres de la famille afin d'aider à créer/consolider les équilibres, tu parviendras certainement à comprendre ce que je dis.

Ce que bien sûr, le journaliste comprend comme une culpabilisation supplémentaire de la victime. Sauf qu'il n'a rien compris à ce qu'est une victime quand on parle d'inceste.


4 - Il peut insister ?


Réponse de Dolto : Non, car alors il prend le risque que ses agissements soient dévoilés au grand jour. A nouveau elle souligne le caractère non-pervers de ce père incestueux. Ce qui est pervers, c'est la relation incestueuse, sans que cette affirmation n'ait la moindre connotation morale. De fait, l'enfant est un pervers polymorphe* avant la découverte de la sexualité assumée et vécue.

Dans les faits, le père incestueux n'insiste pas, au sens que l'inceste n'est pas un acte isolé et pulsionnel. C'est une pulsion réitérée jour après jour, nuit après nuit, mois après mois, parfois années après années. Lorsque c'est un acte isolé (ou rarement réitéré), il est plus généralement le fait d'un autre membre de la famille, autre que le père (frère, grand-père etc.) Voilà ce que nous rencontrons sur le terrain.

Enfin, Dolto rappelle la RÉALITÉ de la plainte déposée par la victime d'inceste. Cette plainte ne parvient que tardivement, masquée par de nombreuses autres plaintes. Lorsqu'enfin elle s'exprime, c'est le fruit d'une maturation. Et dès lors, l'inceste CESSE.

Ce qui fait que l'inceste existe, c'est le silence, le secret.

Silence de la victime, trop immature pour définir le mot inceste et réagir.

Secret familial à plusieurs niveaux :

- Secret entretenu par les frères et soeurs, trop contents d'échapper aux sévices (encore une fois, aucune connotation morale, simplement le constat de la terrible immaturité qui préside à l'assouvissement des pulsions sexuelles dans ce contexte)

- Secret entretenu par le père incestueux, qui vit dans la culpabilité, le mensonge et l'insatisfaction, sachant qu'il succombe à ses pulsions et oblitère le développement de son enfant, comme vraisemblablement "on" a oblitéré le sien.

- Secret entretenu par la mère, non-témoin muet du drame. Souvent, cette attitude confine à la cécité, Freud dirait qu'il s'agit de refoulement.

- Cécité des proches (famille, voisinage...)

J'ai rencontré une mère et sa fille en thérapie. Le père purgeait une peine de dix ans de prisons suite à la dénonciation de l'inceste.

La fille/victime était mise au ban de la famille.

Ses soeurs l'accusaient de fabulation, elle était donc responsable à leurs yeux de la mise à l'écart du père.

(notons que c'était un cas avéré, avec aveux du père, examens gynécologiques probants etc.)

Quant à la mère, elle doutait de la réalité des faits. Son argument ?

- Mon mari n'a pas pu faire cela. Il n'était pas porté sur la chose. Cela faisait plus de dix ans qu'il ne m'avait pas touchée.

(il faut dans ce cas une bonne dose de self contrôle au thérapeute pour ne pas succomber à la dramatisation si chère au journaliste cité). Car enfin, cette femme doit bien penser, dans un petit coin de sa tête, qu'un tel comportement sexuel (abstinence absolue) n'est pas normal et traduit :

- 1 - Des troubles de la personnalité.

- 2 - La probabilité que la "satisfaction" sexuelle était trouvée ailleurs.

Et voilà comment Dolto répond à un journaliste, qui ne fait que son travail, lequel traduit sa méconnaissance totale du dossier "inceste", en démontant sa propre construction de pensée, moralisante et simpliste.

Pas de quoi fouetter un chat (pangolina ? ), mais certainement une invitation à la réflexion.

......................

Notons que Dolto n'utilise pas le terme de "pervers polymorphe", car sa signification analytique est par trop restrictive, et d'ailleurs contestée par Jung. Selon Dolto, cette appellation introduit une connotation morale et normative qu'il convient d'éviter.

Je ne l'utilise donc que "par faute de mieux".

Disons que par "pervers polymorphe", j'entends que la sexualité de l'enfant n'est pas encore systématisée, qu'elle ne s'accommode d'aucune norme et d'aucune morale. Il s'agit plutôt d'une sexualité balbutiante, si j'ose dire...

.....................................

Pour conclure, je soulignerai la MALHONNÊTETÉ fondamentale de l'auteur du livre, ou sa complète incompétence, pour avoir extrait et utilisé cette interview à des fins propagandistes et polémiques.


[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 13-09-2005 17:12 ]

Le 14-09-2005 à 18:07 #

Re, petite réaction rapide :


Oui, il suffit de regarder un peu plus loin que le bout de son nez pour s'apercevoir qu'on ne peut comprendre l'être humain avec 2 ou 3 théories qui sont sensé pouvoir s'appliquer à chacun et décoder en trois coups de cuillers à pot la machine la plus complexe jamais crée par la nature, à savoir, le cerveau humain, bafouant ainsi le respect de la dignité humaine en nous réduisant à des clones obéissant aux mêmes pulsions.


Il n'existe aucune théorie aussi complexe et ouverte, aussi adaptative à l'individu que celle de la psychanalyse. En fait, une telle phrase ne signifie qu'une chose :

AUCUNE tentative d'analyse et de classification de l'esprit humain (et non pas comme il est si maladroitement écrit : du cerveau) ne parviendra jamais à en cerner les limites.

Et bien, nous sommes parfaitement d'accord (sauf pour le "cerveau", car l'esprit humain ne se résume pas à un organe).

Cependant, la phrase :

- "Il suffit de regarder un peu plus loin que le bout de son nez"

Est d'un mépris affligeant. C'est précisément parce que des gens comme Freud ont scruté l'intérieur de l'être et les inter-réactions entre les individus qu'ont pu être posées les premières pierres de la psychologie moderne, dont la psychanalyse est l'un des modèles essentiels.

- "deux ou trois théories"

Commence par les étudier autrement qu'à travers des pamphlets et des études bâclées, et nous en reparlerons. D'autre part, tu découvriras qu'il ne s'agit pas de "deux ou trois théories" simplistes, mais d'une approche certes interprétative, mais d'une immense richesse.

C'est toi, Cyclotron, qui simplifie tout. Ton attitude (sur cette phrase là, pas tout le temps, fort heureusement) est celle d'un conservateur frileux. J'espère que tu t'en rends compte, car de ce fait, tu rejoins un camp bien peu flatteur.

La réalité en médecine et en psychologie, c'est que ceux qui veulent te cloner ne sont certainement pas ceux que tu dénonces.

ciao


[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 14-09-2005 18:08 ]

Le 14-09-2005 à 19:25 #

"Sur le point de la validation scientifique, vu que nous sommes dans le domaine des sciences humaines dites molles, la preuve expérimentale sera tout aussi difficile à apporter que dans les autres sciences humaines." Ludwig

"Donc le rapport de l'INSERM que j'ai mis en lien n'a aucune valeur et ne peut prétendre au qualificatif de scientifique ? Cyclo.

Je ne vois pas le rapport entre ma phrase et la tienne. Sous-entends-tu que les procédures de validation des théories sont les mêmes dans les sciences dures et dans les sciences humaines ? A mon tour de

Venons-en au texte que tu as posté. J'comprends pus.

Le "roman" sur la horde primitive est une transcription sans guillemets. Elle n'est environnée d'aucun contexte, ce qui fait qu'un lecteur non averti ne peut savoir s'il s'agit d'une vraie théorie de l'humain ou d'une métaphore. Comment Sigmund la présentait-il lui-même ?

Les hordes de gorilles ne s'appellent pas des hordes, mais passons ; rien dans ce texte n'indique que leur organisation sociale ressemble aux sociétés pré-hominiennes. Notons que le chimpanzé, plus proche de l'homme, a une organisation et des moeurs différents, sans parler des bonobos, chez qui l'inceste réel ou mimé est une pratique courante.
L'affirmation sur l'inceste rare chez les animaux... est totalement gratuite. Les hordes de lapins le pratiquent pourtant allègrement (sauf le respect de l'ancien ministre de l'éducation). Et que dire de la phrase sur les kibboutzim (pluriel hébreu s'il-vous-plaît) ? C'est une blague ?

Enfin, le fait patent et instructif que d'autres peuples aient d'autres moeurs permet de relativiser une prétendue universalité du complexe d'Oedipe, soit. (Au passage, où pourrait-on trouver l'extrait ou Sigmund affirme cette universalité ?)
Inutile cependant d'aller chercher des archipels, quand nos banlieues sont peuplées en partie importante de jeunes africains qui vivent ici chez papa-maman, alors que leur adulte responsable est un oncle en Afrique.
Leurs comprtements, leurs pathologies sont très différents des jeunes européens. Mais tout est différent d'un côté et de l'autre, et non seulement le rapport au père. C'est de cela qu'est née l'ethnopsychiatrie. Et l'on peut penser qu'au-delà de ces différences, tous les humains fonctionnent sur une base commune. Je prends la psychanalyse comme une tentative pour définir celle-ci.

On peut même penser que les fondements de la psychanalyse sont valables non seulement ici, mais aussi maintenant, car la différence est aussi grande pour celui qui les a un peu étudiées, entre notre société actuelle et les sociétés africaines, qu'entre notre société et ce qu'elle était au Moyen-Age.
L'histoire finira peut-être par nous dire que la psychnalyse a eu raison à un moment donné, car elle disait quelque-chose de vrai sur un lieu et une époque.

Et puis, qu'attends-tu de scientifique d'Adriatika, qui soit plus scientifique que le texte que tu publies ? A quel type de démonstration fais-tu allusion, qui soit si différent des démonstrations que tu cites et qui disent le contraire ? Toutes les études de l'esprit basées sur l'observation et l'interprétation sont soumises aux mêmes aléas. Qu'exige-t-on de la psychanalyse qu'on n'exigerait pas des autres ?

Il m'en faudrait beaucoup pour que je finisse par accepter ses fondements. Il m'en faudrait tout de même un peu plus pour que je la rejette sans plus d'examen.
Ludwig
La bourgeoisie autrichienne, ça m'connaît aussi

Le 14-09-2005 à 19:26 #

Enfin Cyclotron,

Je viens de te répondre avec patience et de nombreuses répétitions, que tu ne sembles pas souhaiter entendre depuis le début de ce fil, lequel se résume maintenant à :

- Donne moi la preuve scientifique de l'exactitude des théories psychanalytiques.

Qu'attends tu ? Une équation ?

Le complexe d'oedipe est contesté. Fort bien. Tant mieux. Mais de la façon dont il est contesté, on pourrait presque en rire si ce n'était consternant.

Tu nous livres une étude de l'INSERM, mais la conclusion de cette étude n'est pas celle que tu prétends (lis donc cette étude au lieu de sauter à la dernière page...)

Tu t'appuies sur un pamphlet (il en existe quelques uns tout aussi partiaux et acquis à la cause des organicistes), fort bien, mais n'appelle pas cela une démarche scientifique, merci.

Tu me demandes des preuves scientifiques, mais précisément, on est dans le domaine de l'esprit, de l'interprétation. De ce constat, de nombreux scientifiques parmi les plus prestigieux, je t'en ai cité quelques uns (dois-je recommencer ?) définissent le mot "science" autrement que par ta propre interprétation. Valent-ils moins que toi, ô grand Cyclotron ? (humour, pas de colère svp).

Car, comme écrit plus haut, la démonstration que tu exiges condamnerait sans appel TOUTE LA MÉDECINE, incapable de s'appuyer dans l'immense majorité des cas sur autre chose que l'examen clinique.

Mais de cela tu ne sembles pas avoir conscience, puisque tu te sens insulté par cette remarque. Il n'y a aucune insulte, Cyclotron. Ce n'est que le constat que ce que tu appelles la science, et qui n'est que la science (les sciences, en fait) expérimentale(s) ne peuvent tout expliquer, tout cerner.

Et en aucun cas l'esprit humain. Or, c'est précisément ce contre quoi tu t'insurges, un peu plus haut : Rien ne saurait rendre compte de la complexité du "cerveau" (sic), et voilà que tu demandes une délimitation scientifique...

Bon, libre à toi, mais il y a comme un paradoxe dans tes arguments.

Relis ce fil, et tu verras que je suis le premier à reconnaître les limites de la théorie Psychanalytique. De là à la contester en bloc...

Les preuves "scientifiques", comme tu dis, elles sont dans l'étude des cas cliniques (bis repetita). J'ai donné des liens et la méthode pour les trouver par légions.


[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 14-09-2005 20:05 ]

Le 21-09-2005 à 18:27 #

Très joli création , que cette auto-école .
tout comme le firmaman que voulait rejoindre un autre patient ...

il me semble qu'il y a un vrai problème , banal s'il en est , du sens accordé aux mots , sur ce fil . et de leur puissance .

En effet, si Bastille trouve son texte "fort amusant" , tout est dit , hélas ...

Contradictions constantes " on attribuera la faute au seul patient" mais deux lignes après :" à un environnement pathogène " ....

Ce qui apparaît, c'est une totale méconnaissance de l'analyse :

dire que "la guérison arrive de surcroît"n'est pas un "aveu" "d'impuissance", mais le fondement même de la démarche , qui est , en effet , de ne pas viser le symptôme , parce qu'on sait que c'est une impasse que de le faire ! que viser le symptôme, c'est encore moins aider le patient!

Ecrire que des personnes analysées sont des personnes guéries est d'une sottise infinie!! elles sont souvent "guéries" du symptôme paralysant, trop encombrant , mais depuis quand quiconque pourrait-il "guerir de sa condition humaine" ?? le manque est ce qui caractérise l'homme , et rien ne peut "réparer" cette faille .

Ecrire " ce n'est pas de sens qu'un malade a besoin , mais de soins " me semble une aberration pure, parce que soigner, justement, c'est d'abord comprendre le sens de la maladie pour celui qui la développe ; on ne tombe pas malade par hasard , ni de n'importe quelle maladie , ni à n'importe quel moment dans sa vie ... Si les généralistes , justement, s'interrogeaient davantage sur la raison qui pousse tel de leur patient à présenter toujours le même symptôme, le trou de la Sécu serait peut-être moins grand .

Mais la "guérison" totale de tout être humain , est un pur délire ! une idée totalitaire ! qui fait froid dans le dos !!
Et oui, si je décide de me suicider un jour , ce sera ma décision, non pas ma faute , mais ma responsabilité ! Et j'espère bien que personne ne décidera de m'en empêcher en m'enfermant dans une camisole d'hypnose , de conditionnement ou de médicaments !

En ce qui concerne la philosophie, Freud et Lacan en font partie , désolée de contredire ..

Enfin, deux remarques au sujet de cette discussion :

"Les hommes , qui sont malheureux par essence , veulent croire qu'ils le sont par accident . " Giacomo Leopardi


[B]"Deux choses sont infinies: l'univers et la bêtise humaine. En ce qui concerne l'univers, je n'ai pas acquis la certitude absolue ." A.Einstein[/B

Le 21-09-2005 à 19:33 #

Sarah,

J'espère que tu n'auras pas envie de te suicider de si tôt. Tes réponses me manqueraient...



L'avant dernière, d'ailleurs, me rappelle un "accident" survenu lorsque j'étais élève, chez le Dr R., mandarin véritable et Organiciste avant la lettre, l'un des rares à poursuivre avec des équipes choisies (dont le petit élève que j'étais alors) des cures de Sakel.

................................................

Et là je me permets une petite digression :

Pour ceux qui ignorent de quoi il s'agit, la cure de Sakel consiste à plonger le malade dans un coma hypoglucidique. Les personnes diabétiques et leur famille savent de quoi je parle. C'est le principe du "choc humide". Le malade "sélectionné" était une jeune femme souffrant de bouffée délirante aiguë. En l'occurrence, elle n'était absolument pas consciente du type de soins dont elle "bénéficiait" et n'aurait pas pu protester.

La famille avait signé un accord, en fait une décharge de responsabilité en cas d'accident.

La thérapie se déroulait dans une chambre plongée dans la pénombre. Elle durait environ deux heures, au minimum, à raison de deux à trois séances par semaine, pendant deux semaines.

La jeune femme se couchait, et nous lui injections de l'insuline. Après quoi, elle "s'endormait", ou plutôt perdait progressivement conscience, ceci dans un accès paroxystique de fièvre et de sudation. On surveillait alors intensément, car la mort n'était pas loin. L'air était empli de l'humidité de ce corps distordu, lourde odeurs de transpiration, d'urine et de selles, auxquelles se mêlaient, plus discrète, celle de la peur. La notre.

Nous avions tellement peur que la "frontière" du non-retour ne soit franchie. Alors, quand nous pensions (évaluation très empirique) que le coma stade 2 était franchi, nous injections du glucagon, pour "resucrer". La jeune femme revenait alors "à la vie" pendant environ une heure et demi, temps que nous occupions à la materner.

En deux semaines, jamais un médecin n'est venu participer aux séances. L'acte médical, lui, a bien été compté. Mais aucun subside, aucune considération particulière ne m'ont été accordés.

La jeune femme a vu, c'est vrai, sa pathologie aiguë régresser lentement. J'ignore quelle est la part de la thérapie là dedans.

Je me souviens qu'elle écoutait un 33 tours. Un disque du groupe Scorpion, et que nous parlions ensemble l'après midi, après les séances.

Nous étions comme deux naufragés.

...............................

Mais l'accident est survenu autrement.

C'était un jeune homme présentant un début de schizophrénie.

A l'époque, le bon Dr R. (grassement rémunéré sur ses 8 ou 12 lits privés, dont la moitié au moins pris sur le quota réservé aux autres chefs de service), testait un médicament aujourd'hui bien connu : Le Solian.

Solian dont on dit qu'il présente beaucoup moins d'effets secondaires que le neuroleptique de référence.

Je ne me souviens plus du nom de code attribué au Solian, mais je me souviens très bien que nous ignorions s'il s'agissait de la molécule active.

Or, un dimanche, le jeune homme présente un rictus inhabituel, puis son corps se "couvre" de crampes, il reste bloqué dans une position incroyable, tordue, tous les muscles tendus, les yeux "au plafond".

Les infirmiers tentent de joindre le Dr R. par téléphone, car bien sûr, il ne travaille pas les dimanches. Il faudra des heures pour qu'il réponde enfin.

Pendant ce temps, on assiste à un cas d'école : Un syndrome extra-pyramidal comme décrit dans les manuels et comme jamais nous n'aurions cru en voir.

Le bon Dr R. a donné son accord pour qu'on injecte une dose de Lepticur, qui est le remède à ce syndrome. Mais il fallait avant, surtout, avoir TOUT noté sur les feuilles d'évaluation destinées au laboratoires.

Je pense que le patient s'en est tiré de justesse. Aujourd'hui encore, je m'interroge sur l'attitude de l'équipe soignante, suspendue à la décision du médecin absent.

Naturellement, le laboratoire a grassement rémunéré cette participation aux tests en double aveugle, mais je n'en pas pas touché un centime.

Je pourrai continuer pendant des heures sur les Organicistes. Mais ce ne serait jamais que mon expérience, et je suis bien persuadé qu'ailleurs, d'autres médecins ont su insuffler à leur approche si peu analytique l'humanisme nécessaire pour échapper à cette caricature de psychiatrie.

Merci à ceux qui auront lu jusqu'ici.

Le 22-09-2005 à 00:39 #

Je te présente mon oncle qui est atteint d'un cancer ? Je suis sûr que ton blah blah sur le sens de la maladie va drôlement lui remonter le moral. Oh... mais pardon, je suis un peu idiot, tu parles des maladies de l'âme et je l'oubliais. Amen.

mais non je en parlais pas seulement des maladies de l'âme, bien sûr que non! tu ne sembles pas savoir que nombre de cancers surviennent après un deuil . La maladie "organique" n'est sans doute pas si "aléatoire" qu'elle le paraît . quelle est la cause des ulcères, des maladies de peau ?..
Si la médecine est souvent si loin du patient , c'est qu'elle méconnaît la part de création personnelle dans le mal dont un sujet se plaint .
Mais je n'espère pas te faire comprendre quoique ce soit dans ce domaine, tes défenses ressemblent à un très solide château fort , bravo pour le pseudo !


... et malheureusement, je ne pense pas que la camisole lacano-freudienne soit un rempart contre le suicide.

mais absolument pas, c'est ce que je viens d'écrire en effet : rien n'est un rempart contre le suicide !
sauf que la psychanalyse n'est pas quelque chose qui enferme, mais quelque chose qui libère .

"Les hommes , qui sont malheureux par essence , veulent croire qu'ils le sont par accident . " Giacomo Leopardi

Le 22-09-2005 à 01:16 #


21-09-2005 a 19:27, Ludovic :
Même si je vais paraitre terriblement bizzare, en effet pour moi le corps humain est une mécanique. Jusqu'à preuve du contraire ce n'est que des phénomènes de base connus de la physique ou de la chimie.
Le fait que nous sommes qu'une bande de molécules ne m'effraie pas. La complexité de ces phénomènes de base et notre non maitrise nous porte vers des approches telles que la psychanalyse.
Le fait que cela ne me plaise pas de dire que nous sommes seulement matériels ne me plait pas mais c'est la réalité.
On prend bien des pillules pour le stress ou la dépression, pourquoi pas pour les pleurs ? Quelle différence ?



le corps humain , une mécanique, mais que fais -tu du langage ? est-il mécanique? s'il l'était, il servirait à communiquer, sans distorsions, sans incompréhensions, sans aucun problème ? Est-ce ainsi que les hommes vivent ? demande alors le poète ...
Il ne me semble pas que tout soit aussi "mécanique" que tu l'affirmes ... car l'être humain, s'il a un corps biologique , a surtout un esprit et un langage qui le font évoluer avant tout dans un monde de symboles !
Tout passe alors par ce filtre, pour que rien chez l'être humain ne soit plus seulement mécanique , ou organique , ou animal , ou naturel ... c'est pas marrant, mais c'est ainsi . ça lui crée beaucoup de problèmes, mais ça lui permet aussi la liberté ! la liberté de créer , d'inventer , de ne pas être rivé à sa "mécanique" , justement , ni à son "instinct" ni à une façon de fonctionner "pré-écrite" , comme le font les animaux ;
tu dis " on prend bien des pilules pour le stress et la dépression , pourquoi pas pour les pleurs " : je dirais : hélas ... car si les pilules pour la dépression sont prescrites, c'est parce que le soin par la parole n'est pas privilégié , et qu'en faisant cela , on enferme le patient dans une "maladie" sans lui permettre de voir pourquoi il est déprimé ( je ne dis pas là que les médicaments ne sont pas une aide momentanée ) . Il me semble que ce qui fait la grandeur de la vie , pour un humain ,c'est la compréhension de ce qu'il fait de sa vie, la lucidité, et le fait de savoir comment orienter son existence .
Les médicaments, utilisés seuls, dépossèdent l'individu de la compréhension de ses propres émotions, de l'expression de sa peine, de sa douleur . Il y a dans cela la volonté d'une société qui cherche le bonheur à tout prix, et ne permet pas à la tristesse d'avoir droit de cité . Alors oui, une pilule pour les pleurs d'un enfant me gêne, beaucoup, parce que je considère qu'il est légitime qu'une souffrance s'exprime, et qu'elle est comme un signal , important, qu'il faut entendre , sous peine d'avoir encore davantage mal ( un peu comme cette maladie rare et gravissime d'absence de sensibilité cutanée , qui entraîne de graves brûlures ou blessures diverses aux malades qui ne percoivent pas les signaux de douleur ) .
Ce monde dans lequel tout "désagrément" serait "éliminé" , toute émotion dérangeante éradiquée, au profit d'un bien-être étal, sans aspérité , ce monde serait totalitaire ,effrayant ! un monde où tout serait" sous contrôle" ...
serait un monde où l'humain serait "maîtrisé" , en effet ...


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