Bonjour Cyclo,
(moi aussi, j'aimerais que d'autres s'impliquent, comme ils l'avaient laissé entendre. Mais peut être a-t'on porté trop haut le débat dès le début, comme le remarque Ahaw).
A propos de Dolto :
Première remarque, il ne s'agit pas d'un écrit de Dolto, mais d'une interview. CQFD.
Il a donc fallu aller chercher loin
Ce d'autant que les livres de Dolto sont en vente libre et d'un abord très accessible.
Reprenons les termes de l'évident malentendu entre le journaliste (pudiquement et solidairement appelé "Choisir") et la dame :
1 - Mais enfin, il y a bien des cas de viols ?
Montrant par là l'ignorance totale du journaliste des mécanismes de l'inceste.
Ce qui amène naturellement une réponse non pas pédagogique, mais provocatrice de Dolto :
- Il n'y a pas de viol du tout, elles sont consentantes.
Que dit Dolto ? : Rien de plus que ce que je viens de te répondre plus haut (dans l'un des précédents messages). Elle se contente de délimiter la valeur des mots.
Dolto fait clairement la différence entre le viol et l'inceste. Et la différence, c'est la consentance. On pourrait tout aussi bien confondre "inceste" et "pédophilie", mais alors les mots ne veulent plus rien dire.
Résultat, on a un journaliste choqué, heurté dans ses convictions, car pour lui l'inceste est tout à fait un viol. Mais ce que cet imbécile ignore, c'est qu'ainsi il CONDAMNE pratiquement tous les enfants qui crèvent de leur culpabilité. Culpabilité d'avoir sollicité les caresses du père, de l' avoir désiré, d'avoir perversement pris une place qui n'était pas la leur, et enfin qui punissent leur corps d'avoir joui.
Cela, contrairement aux fantasmes du journaliste, c'est la réalité du terrain. C'est ce que déposent auprès de Dolto (et par extension, de tout thérapeute) pratiquement toutes les jeunes filles (et jeunes hommes) ayant vécu l'inceste.
Le parcours pour se reconnaître "victime" est long et difficile. Il passe par l'extériorisation des affects, la reconnaissance de sa propre immaturité, l'acceptation de la complexité de notre personnalité, qui fait que l'on peut jouir même de l'aberration, et que l'entourage peut être complice parfois de ce déplacement des places au sein de la famille.
Rien n'est aussi simpliste que ne le pense ce journaliste.
2 - (le journaliste) : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu'elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?
- Réponse de Dolto : (en substance) CELA N'ARRIVE PAS.
Et oui, Cyclo, cela n'arrive pas. Quand une fille vient voir un thérapeute, elle ne présente JAMAIS cela comme un viol. Elle est au contraire perdue dans la confusion des émotions et sa demande de soin (quand la demande existe) se formule par des symptômes :
- Automutilation,
- Boulimie, anorexie
- Dégoût de soi
- Échec scolaire, repli sur soi etc. etc.
Quand enfin elle parvient à parler de l'inceste, elle RÉPÈTE LES MOTS DE SON PÈRE JUSTIFIANT SA CONDUITE INCESTUEUSE.
3 - Choisir : D'après vous, il n'y a pas de pères vicieux et pervers ?
Et voilà, direct, le second piège. La condamnation morale du père. Question, mais que faisait la mère pendant ce temps là ? Et les grand parents, n'ont-ils rien vu, rien senti de la détresse de leurs petits enfants ? On peut développer à loisir.
Mais revenons à la condamnation morale du père.
L'enfant aime et appelle son père, alors que dans le même mouvement, il hait, craint et rejette son amant.
L'enfant "crève" de se souvenir que, dans la majorité des cas incestueux, c'est lui qui a sollicité l'amour de son père, les caresses de son père. Victimiser l'enfant sans aborder ce conflit intérieur, celui de la RESPONSABILITÉ de l'enfant incestueux, c'est baser une thérapie sur le déni. Déni des pulsions sexuelles de l'enfant, déni de sa RESPONSABILITÉ.
Ce n'est que dans un second temps que la thérapie amènera la relativisation de cette responsabilité, du fait de l'immaturité sexuelle de l'enfant, ce qui lui permettra de se soulager de la culpabilité.
Enfin, ajoutons que le père incestueux lui même n'est pas
pervers, car il oeuvre, comme sa victime dans la culpabilité et la honte. De plus, statistiquement, les pères (et mères - plus rare) incestueux ont été victimes d'inceste dans leur enfance. Encore une fois, Dolto renvoie à l'exactitude sémantique. Un
pervers ne connaît pas la culpabilité; et vicieux est un mot du langage populaire, à forte connotation morale, et sans signification spécifique.
- C'est à cette attitude morale et dramatisante qu'elle répond à nouveau par la provocation. D'un autre côté, Dolto s'adresse en fait aux familles qui vivent l'inceste. A travers cela, elle fait passer le message de sa compréhension des mécanismes. Non pas ceux fantasmés et moraux du journalistes, ceux de la souffrance et des tyrannies familiales.
De plus, elle fait appel aux enfants en leur suggérant la réaction.
Si tu peux oublier un moment l'aspect dramatique de l'interview, dramatique toute journalistique qu'on ne retrouve JAMAIS dans les écrits de Dolto, dont la prétention est de soigner/caresser TOUS les membres de la famille afin d'aider à créer/consolider les équilibres, tu parviendras certainement à comprendre ce que je dis.
Ce que bien sûr, le journaliste comprend comme une culpabilisation supplémentaire de la victime. Sauf qu'il n'a rien compris à ce qu'est une victime quand on parle d'inceste.
4 - Il peut insister ?
Réponse de Dolto : Non, car alors il prend le risque que ses agissements soient dévoilés au grand jour. A nouveau elle souligne le caractère non-pervers de ce père incestueux. Ce qui est pervers, c'est la relation incestueuse, sans que cette affirmation n'ait la moindre connotation morale. De fait, l'enfant est un pervers polymorphe* avant la découverte de la sexualité assumée et vécue.
Dans les faits, le père incestueux n'insiste pas, au sens que l'inceste n'est pas un acte isolé et pulsionnel. C'est une pulsion réitérée jour après jour, nuit après nuit, mois après mois, parfois années après années. Lorsque c'est un acte isolé (ou rarement réitéré), il est plus généralement le fait d'un autre membre de la famille, autre que le père (frère, grand-père etc.) Voilà ce que nous rencontrons sur le terrain.
Enfin, Dolto rappelle la RÉALITÉ de la plainte déposée par la victime d'inceste. Cette plainte ne parvient que tardivement, masquée par de nombreuses autres plaintes. Lorsqu'enfin elle s'exprime, c'est le fruit d'une maturation. Et dès lors, l'inceste CESSE.
Ce qui fait que l'inceste existe, c'est le silence, le secret.
Silence de la victime, trop immature pour définir le mot inceste et réagir.
Secret familial à plusieurs niveaux :
- Secret entretenu par les frères et soeurs, trop contents d'échapper aux sévices (encore une fois, aucune connotation morale, simplement le constat de la terrible immaturité qui préside à l'assouvissement des pulsions sexuelles dans ce contexte)
- Secret entretenu par le père incestueux, qui vit dans la culpabilité, le mensonge et l'insatisfaction, sachant qu'il succombe à ses pulsions et oblitère le développement de son enfant, comme vraisemblablement "on" a oblitéré le sien.
- Secret entretenu par la mère, non-témoin muet du drame. Souvent, cette attitude confine à la cécité, Freud dirait qu'il s'agit de refoulement.
- Cécité des proches (famille, voisinage...)
J'ai rencontré une mère et sa fille en thérapie. Le père purgeait une peine de dix ans de prisons suite à la dénonciation de l'inceste.
La fille/victime était mise au ban de la famille.
Ses soeurs l'accusaient de fabulation, elle était donc responsable à leurs yeux de la mise à l'écart du père.
(notons que c'était un cas avéré, avec aveux du père, examens gynécologiques probants etc.)
Quant à la mère, elle doutait de la réalité des faits. Son argument ?
- Mon mari n'a pas pu faire cela. Il n'était pas porté sur la chose. Cela faisait plus de dix ans qu'il ne m'avait pas touchée.
(il faut dans ce cas une bonne dose de self contrôle au thérapeute pour ne pas succomber à la dramatisation si chère au journaliste cité). Car enfin, cette femme doit bien penser, dans un petit coin de sa tête, qu'un tel comportement sexuel (abstinence absolue) n'est pas normal et traduit :
- 1 - Des troubles de la personnalité.
- 2 - La probabilité que la "satisfaction" sexuelle était trouvée ailleurs.
Et voilà comment Dolto répond à un journaliste, qui ne fait que son travail, lequel traduit sa méconnaissance totale du dossier "inceste", en démontant sa propre construction de pensée, moralisante et simpliste.
Pas de quoi fouetter un chat (pangolina ?

), mais certainement une invitation à la réflexion.
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Notons que Dolto n'utilise pas le terme de "pervers polymorphe", car sa signification analytique est par trop restrictive, et d'ailleurs contestée par Jung. Selon Dolto, cette appellation introduit une connotation morale et normative qu'il convient d'éviter.
Je ne l'utilise donc que "par faute de mieux".
Disons que par "pervers polymorphe", j'entends que la sexualité de l'enfant n'est pas encore systématisée, qu'elle ne s'accommode d'aucune norme et d'aucune morale. Il s'agit plutôt d'une sexualité balbutiante, si j'ose dire...
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Pour conclure, je soulignerai la MALHONNÊTETÉ fondamentale de l'auteur du livre, ou sa complète incompétence, pour avoir extrait et utilisé cette interview à des fins propagandistes et polémiques.
[ Ce message a ete modifié par : : Adriatika le 13-09-2005 17:12 ]